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Homélie de la Pentecôte

Dimanche 9 juin 2019

Pentecôte 2019

• Cette belle fête de la Pentecôte (mot qui veut dire en grec le cinquantième jour) qui met fin au temps pascal, nous fait entrer dans celui du temps ordinaire, le temps de l’Église. Voici les apôtres envoyés aux quatre coins de la terre. Ils auront à annoncer un Jésus ressuscité. Avec eux, et avec nous aujourd’hui, l’Église se construit, répand un message libérateur et joyeux : le Christ est ressuscité et avec lui nous ressusciterons !

• « ruah »
• On a l’habitude de dire que l ‘Esprit, c’est comme « un souffle », une respiration, parce que la racine en hébreu du mot Esprit est « ruah » qui veut dire soit l’air qui est en dedans de nous qui remplit les poumons et qui fait vivre soit l’air qui est autour de nous et des êtres qui habitent l’univers. L’Esprit Saint est plus que cela. Il est une Personne divine, la Personne la plus mystérieuse en Dieu. C’est pourquoi, il peut se manifester sous des formes très différentes comme un violent coup de vent et un feu. Il est aussi une présence au plus intime de nous-même. « L’Esprit Saint a été livré en nos cœurs par le Christ et Il crie en nous Abba Père. »

• 1- L’Esprit est donc présence de Dieu en nous, présence du Christ.
• Saint Paul nous le dit : « L’Esprit de Dieu habite en vous. l’Esprit du Christ, le Christ est en vous. »

• L’esprit est communication du Père et du Fils en nous et en dehors de nous. Quelque soit la manière dont il agit, sa mission, c’est être l’interprète du Christ quoi nous révèle le Père. L’Esprit nous faire comprendre cette révélation, nous fait connaître sa Parole, sa vie et sa Passion dans toute sa profondeur.
• Impossible sans l’Esprit Saint de voir dans la Croix le signe de l’amour de Dieu.

• 2- L’Esprit est aussi manifestation extérieure : vent de tempête et langues de feu.
• La venue de l’Esprit Saint en vent de tempête, nous montre sa liberté. « L’Esprit souffle là où Il veut, tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où Il vient et où Il va » Jn3 8.
• Quant aux langues de feu qui descendent sur chacun, elles délient les langues de ceux qui les reçoivent. Les apôtres et les témoins auront des langues de feu pour témoigner de ce qu’intérieurement ils comprennent de la geste du Christ qui est plénitude de la Révélation.
• la foule assemblée près du cénacle est composée de gens d’origines culturelles diverses, et pourtant chacun entend le message dans sa propre langue. Pas besoin d’interprètes !
• Loin d’être anecdotique, l’épisode révèle le dessein de Dieu sur l’humanité, surtout si on le compare à cet autre passage célèbre de la Bible : la tour de Babel. L’Écriture situe l’un par rapport à l’autre, le dessein des hommes à Babel et le dessein de Dieu à la Pentecôte. Ce que les hommes souhaitent c’est d’entreprendre une œuvre commune, à laquelle tous et chacun seraient attelés ; c’est de chercher une unité telle que chacun parlerait la même langue, serait identique à tous les autres ; le symbole en est une tour pour atteindre le ciel, mais en nivelant les différences des cultures. Babel, c’est la tentation d’un monde où règnerait l’identique, l’homogène, l’égalité parfaite, et d’où seraient écartées les différences, les diversités, la pluralité. C’est la séduction de tous les totalitarismes qui ne peuvent secréter que sociétés étouffantes et inhumaines. Or, - heureusement -, Babel échoue, par une intervention divine nous dit la Bible, mais tout autant parce que ce projet est contradictoire : comment faire l’unité de tous en balayant les différences qui font précisément la richesse de l’humanité ? A Jérusalem ce jour-là, les cultures n’ont pas été niées ; les langues diverses n’ont pas à être supprimées au profit d’un jargon insipide. Toutes et chacune sont prises au sérieux et c’est en leur sein, du dedans d’elles-mêmes qu’elles entendent le message. Le même message, la même parole d’élection et d’amour, la même Bonne Nouvelle, mais dans des langages différents. Voilà ce que Dieu veut pour l’humanité. Comment ne pas sentir et comprendre l’actualité de ce message à l’heure de la mondialisation guettée par les dangers d’intégrismes totalitaires tant laïcs que religieux ?
• Le monde a certainement un long chemin à faire pour s’approcher de la Pentecôte plutôt que de Babel. Mais assurément l’Église catholique aussi n’a pas encore vraiment réalisé en elle-même la volonté de Dieu sur elle et doit être purifiée, se réformer courageusement.

• Les phénomènes extérieurs ont toujours avec l’Esprit une signification intérieure. Le vent de tempête résonne en nous comme une invitation à nous laisser surprendre, à nous déplacer. Nous devons nous laisser poussés par l’Esprit, non pas comme des esclaves, réduits à la tyrannie de l’égo (ce que l’expression de Saint Paul « sous l’emprise de la chair désigne) mais comme des enfants de Dieu, libres mus non pas comme par des ordres extérieurs mais par l’amour divin répandu en notre cœur et qui fait de nous des collaborateurs de la grâce divine. La chair, livrée à elle-même, c’est l’esprit d’esclave, à savoir l’homme qui ne se reçoit pas de l’Amour de Dieu et se réduit à sa dimension psychique et corporelle. Or nous sommes des êtres spirituels et notre esprit est capable d’accueillir l’Esprit Saint. Accueillir l’Esprit Saint en notre esprit, c’est s’ouvrir à plus que nous même, à nous laisser traverser et emmenés au-delà de nous-mêmes, tout en restant nous-mêmes. Nous voyons donc que les manifestations de l’Esprit peuvent se situer à deux niveaux, intérieur et extérieur mais toujours avec l’idée du « Souffle » un souffle de vie qui crée toutes choses nouvelles, un souffle qui remplit le cœur des personnes, un souffle qui porte vers les autres, décentre de soi-même et rend accueillant au don de Dieu qui fait de nous ses enfants : « L’Esprit que vous avez reçu ne fait a pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : ’Abba !’ ». (Romains 8,15 : Deuxième lecture)

Père Bernard-Marie GEFFROY