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Dimanche 2 juin 2019

Par le P Bernard Marie Geffroy

Les textes de ce dimanche se situent entre ascension et Pentecôte. Moment de silence, un peu comme le samedi saint. Samedi saint et cénacle ont en commun un silence qui signe un travail intérieur. Le samedi saint c’est le roi qui semble endormi mais qui travaille notre pâte humaine. Il peut y avoir la peur de l’absence, du vide. Christ absent ? Il semble dormir mais il travaille dans notre histoire. Il va chercher Adam, symboliquement toute notre humanité. Il va par un amour plein de respect et de délicatesse nous visiter jusqu’en nos entrailles blessées.

St Epiphane raconte la descente du christ dans nos nuits. Christ parle à Adam.

Lève-toi, partons d’ici, car tu es en moi et je suis en toi... Je suis descendu sur terre et sous la terre...(pour nous jusque dans la plus grande profondeur de notre terre intérieure.) st Epiphane poursuit. " Lève toi et partons d’ici, de la mort à la vie, de la corruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez vous et partons d’ici et allons de la douleur à la joie. De la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du paradis, de la terre au Ciel. C’est le chemin que Jésus veut faire avec nous."
De la terre au ciel. Pour les apôtres enfermés au cénacle, autour de Marie, c’est le silence de l’attente. Dans ce silence, là aussi un travail intérieur, celui de l’attente de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint va ouvrir le Cénacle. Notre travail consiste à ouvrir nos cénacles intérieurs pour l’Esprit Saint dont nous désirons la venue. Le feu du ciel rejoint ce que nous lui ouvrons et il nous ouvre à l’autre dans une profonde relation. Chacun comprend l’autre dans sa propre langue. Le ciel qui descend sur la terre, c’est la compréhension de l’autre. De notre propre terre intérieure à la terre intérieure de l’autre jaillit une compréhension qui vient du Ciel, compréhension d’âme à âme dans l’amour même de Dieu.
Un autre mouvement, celui-ci, de la terre vers le ciel. Tout d’abord, dans les actes des apôtres, Etienne voit le Ciel ouvert et Jésus debout, c’est à dire ressuscité dans la gloire du Père. Dans le mouvement de sa résurrection, Jésus Christ a emmené notre humanité blessée dans l’espérance d’une guérison.

Jésus prie son Père, les yeux levés vers le Ciel. Il trace déjà le chemin vers le Père. Il est ce chemin, Il est Celui qui permet un mouvement d’amour entre la terre et le Ciel. C’e Amour, c’est l’Amour même de Dieu.
Du ciel vers la terre une voix nous rapporte Jean dans le texte de l’Apocalypse que nous avons entendu. Une voix qui annonce un double mouvement, celui du Christ qui a versé son sang et celui de ceux qui ont lavés leurs vêtements dans le sang de l’agneau. C’est par le sang du Christ que s’opère les épousailles de la terre et des Cieux.
Être disciples du Christ, c’est se mettre dans un triple mouvement.
-  Accueillir le mouvement du Ciel vers la terre : l’incarnation mais aussi le mouvement de notre propre vie intérieure ouverte à l’Esprit Saint dans le désir du ciel.
-  Mouvement de la terre vers le ciel. Dans notre prière, un regard est jeté vers le ciel.
- Mouvement dans nos entrailles, dans notre chair jusqu’en nos blessures pour que le ciel les visite.
Le ciel et la terre se sont épousés jusqu’en nos chairs blessées.
L’insistance sur l’intériorité du ciel vers la terre jusque dans les entrailles de nos terres intérieures ne peut occulter, masquer, entraver le mouvement vers l’autre. C’est l’ouverture à l’autre, c’est l’amour de l’autre qui a souvent besoin d’être réparé.

Lorsque l’on parle d’intériorité, on songe spontanément à cette sorte de repli introspectif sur soi que suggère le mouvement d’intériorisation ; mais si la « plongée » ne s’effectue que dans un sens, à savoir dans la profondeur de sa propre subjectivité, on est encore bien éloigné de l’intériorité authentique. L’intériorité n’est pas un état d’esprit mais un mouvement de l’esprit, elle est infiniment plus proche de la compassion que de l’introversion. Le mouvement de l’intériorité consiste, précisément, à se rendre proche de ce qui « est », il consiste à se tenir dans la proximité de ce qui « est », tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de soi, en sorte que l’on parvienne à se situer en conscience au cœur de tout ce qui « est », par le fait de pouvoir se maintenir consciemment dans le mouvement pur de la vie où s’opère la réconciliation permanente entre l’intérieur et l’extérieur de toute réalité. Loin d’être un repli sur soi, l’intériorité est une attitude de non distance vis-à-vis des êtres et de soi-même, par la vertu d’une ouverture totale du cœur. Maxime Gimenez.