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Dimanche 12 mai

Homélie du P. Bernard-Marie GEFFROY

Le Bon Berger (4ème dimanche de Pâques)

La liturgie de ce dimanche nous fait lire la parabole du « Bon Pasteur », elle en répartit la lecture sur les trois années liturgiques, chaque lecture présente un aspect de cette parabole : Année A : Jésus est la porte de la bergerie, Année B Jésus est le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis et, année C, c‘est l’image de la main du Père et du Fils qui protègent et sauvent.

Tout d’abord, la porte, image concrète de ce que Saint Paul appelle la parresia, c’est-à-dire l’assurance que donne l’intimité avec Jésus. Connaître Jésus, passer par la porte qu’il est, c’est être mis en sécurité car alors aucune effraction du voleur n’est possible. C’est alors que la brebis est en sécurité, c’est alors qu’elle est libre d’entrer et sortir.
« Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. »
La deuxième image, celle du bon pasteur. Il est le berger, il n’est pas le voleur. On peut lui faire confiance puisqu’il défend ses brebis jusqu’au risque de sa vie. Oui mais s’il meurt aussi héroïque soit-il, ne met-il pas en danger le troupeau ?

La troisième image est la réponse à cette question. « Je leur donne la vie éternelle » Les brebis de Jésus sont dans la main du Père et du Fils, dans leur mutuel amour. La vraie solidité, la véritable solidité, c’est d’appartenir au Père et au Fils. En cette intimité, c’est le Ciel qui donne la meilleure garantie qui soit : la vie éternelle.

Mais que signifie sur cette terre « vie éternelle ? » Les brebis mises en sécurité dans l’Amour du Père et du Fils sont à l’abri de la peur. Aucune puissance terrestre, pas même la mort n’a de prise sur elles. Notre oui à cette invitation de suivre le bon berger, nous protège de toutes les forces de mort intérieures et extérieures qui nous assaillent. Il est la porte, il n’est pas l’effraction. Il est le bon pasteur et non un mercenaire. Oui Seigneur donne nous cette sécurité intérieure mais comment discerner ce qui vient du Ciel et ce qui vient des forces de mort ?

Une quatrième image nous indique un outil de discernement : la voix.
C’est à la voix que nous le reconnaissons, comme Marie de Magdala au jardin du tombeau. C’est dans l’écoute de sa voix que nous discernons ce qui est vrai, authentique. Discerner et laisser la parole du Berger véritable transformer nos vies. Ecouter sa voix, c’est le suivre, mettre nos pas dans les siens, c’est partager nos deux destins, nous attacher à celui qui nous aime et que nous aimons. La vie éternelle, c’est être dans la main de Dieu.
Le bon Berger nous connaît par notre nom, en notre singularité, en notre personnalité. Nathanaël, déjà, sur les bords du Jourdain, en avait été bouleversé et converti. Entendre, recevoir cet appel et y correspondre.
Dans les premiers temps du christianisme, on s’est emparé de cette image si rassurante du Bon Pasteur. Beaucoup de représentations du Christ sont celles du Bon Pasteur. Particulièrement dans les catacombes. La croix ne s’est pas imposée tout de suite. C’est dire notre profond désir d’être mis en sécurité sur des prés d’herbe fraîche, de traverser les ravins de la mort sans aucune crainte ?
Nous avons médité autour de la Croix pendant la semaine sainte. C’est le signe que nous avons accueilli la grâce de comprendre que le Bon Berger est aussi l’agneau immolé. C’est vraiment une grâce de L’Esprit. Dans le passage de l’Apocalypse proclamé ce dimanche, Jésus se tient pour toujours devant le trône de Dieu comme un agneau égorgé, portant les traces de son immolation et de son sacrifice. Une foule immense que nul ne peut dénombrer, de toutes les nations, races, peuples et langues ont purifié leurs vêtements dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi, ils se tiennent désormais avec Lui devant le trône, et servent Dieu dans le temple jour et nuit. Aucun mal ne les accablera désormais puisque l’Agneau devient aussi leur Pasteur pour les conduire vers les sources d’eau vive où Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux.
Consolation dans l’espérance mais aussi consolation dans la souffrance du monde telle que nous pouvons la vivre douloureusement en ce monde. Persécutions, violence, humiliations n’ont jamais cessées dans l’histoire. L’information non-stop dont nous sommes abreuvés ne nous en épargne aucune.
Parfois nous avons à les vivre dans notre propre chair : trahisons, emprises, abus par tous les mercenaires possibles et imaginables. Allons nous attendre d’être en l’autre monde pour être consolés. Certes non ! Et c’est le sens de la Bonne Nouvelle. L’Esprit qui nous est donné nous donne la force de lutter contre toutes forces de mort, d’être nous-même consolation pour ceux qui souffrent, d’être légitimement en colère contre toute injustice. Plus que cela, l’action de Dieu dès ici- bas, non seulement nous donne de lutter contre les injustices du monde mais d’être consolés, mis en sécurité sous le regard bienveillant de Celui qui connaît notre nom. Il est Celui qui à chaque épreuve nous porte, nous fortifie pour que nous puissions traverser les ravins de la mort, sans crainte.
Puissions-nous écouter sa voix et accueillir dans l’Eucharistie cette vie éternelle venue du Ciel pour féconder notre pauvre terre aride, assoiffée, cherchant l’eau vive. Nous proclamons que Dieu s’est fait nourriture et boisson, qu’Il nous donne déjà en notre cœur les arrhes de la vie éternelle.