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Edito du dimanche de Pâques

" Mon âme te cherche, Seigneur ! "

Notre pays souffre d’un manque criant de spiritualité. L’incendie de la cathédrale de Paris a été l’occasion d’en prendre conscience. Cet édifice est comme le symbole de notre histoire, histoire d’un passé chrétien. Quand ce symbole vacille, le manque se fait durement ressentir. Le spirituel nous presse.
Grave misère que l’anémie spirituelle qui arrache à la vie son sens, sa cohérence, qui n’offre comme perspective que la chair. Insupportable misère que de vivre amputés de toute une partie de nous-mêmes : chair en refus de l’âme, âme en mal de reconnaissance de la chair. Nous sommes chair animée, âme incarnée et c’est incontournable. Le déni de ce que nous sommes, nous coupe d’une grande partie de nous-mêmes. Trois niveaux en nous rythment nos vies :
- le niveau spirituel : Dieu nous donne sa Vie et nous invite à l’accueillir et Le laisser vivre en nous, c’est alors consentir à la grâce d’intimité avec Lui. Cette intimité échappe en partie à notre conscience et à notre ressenti. Ce qui se passe dans la partie profonde de notre être est en grande partie, l’œuvre de Dieu, son œuvre d’art.
- le niveau psychologique : Dieu nous transforme mais son rythme, c’est le nôtre, celui de notre liberté qui accueille ou non cette transfiguration. C’est la patience de Dieu qui consent que sa radicale et fulgurante puissance de vie doit se déployer dans une lente maturation. Ce qui se transforme au niveau essentiel de notre être vient irradier tout notre psychisme, par la grâce de notre propre consentement, par l’effort de notre raison quand elle est au service du travail que Dieu fait en nous.
- niveau du corps.
Le corps a son propre rythme. Il est comme une parole qui dit, qui crie et qui consent au réel. Il est celui qui ramène au temps, il est « prise de terre » qui nous oblige au réalisme, il est celui qui nous connecte à la matière dont nous sommes pétris.
L’Amour de Dieu révélé en Jésus-Christ change notre regard et nous incite à fonder notre vie sur le Verbe de Dieu qui est le fondement de tout. Il est une Parole vivante mais pas seulement, Il est aussi un visage que nous pouvons contempler : Jésus de Nazareth.
Cette vision de l’adorable visage du Christ est un chemin de liberté. Déjà maintenant nous pouvons plonger notre regard dans le sien. Pas de vie sans souffrance. Christ a traversé la souffrance et notre souffrance n’est plus l’ennemie de notre liberté. Certes, nous luttons pour en être libre. Mais nous luttons, non pas contre mais avec cette souffrance qui nous habite et dont nous ne voulons pas être l’otage. Grâce au Christ qui a visité la contingence de notre humanité blessée, notre terre est appelée à devenir œuvre d’art. Alors nous comprenons que nous sommes infiniment plus que tout ce que nous pouvons imaginer, que tout ce que nous pouvons appréhender.
Il y a en nous une parcelle d’éternité dans un vase d’argile. « L’homme passe infiniment l’homme ». Et c’est un écartèlement. Accepter cette tension intérieure de l’homme fait pour l’infini et qui cependant doit vivre la contingence, c’est vraiment consentir à ce que nous sommes : des êtres de chair ouverts à L’Esprit et appelés à la Résurrection.
Père Bernard-Marie Geffroy