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Dimanche 2 décembre 1er Avent année C

Confiance, Jésus vient

L’Avent, c’est une invitation à entrer dans un chemin d’humilité pour retrouver à Noël un cœur d’enfant capable d’éblouissement devant l’Incarnation du Verbe, devant l’enfant-Dieu tellement vulnérable qu’Il en est désarmant et qu’il peut nous désarmer de notre superbe si nous le voulons. Oui, il peut nous apprendre qu’il existe une vulnérabilité d’accueil, une capacité d’éblouissement susceptible de nous faire découvrir la tendresse de Dieu. Pourtant, nous pourrions prendre comme une menace et presque comme une injonction paradoxale le texte de Saint Luc de ce premier dimanche de l’Avent.

Comment entendre d’une part « Les hommes mourront de peur » et tout de suite après « Redressez vous et relevez la tête car votre libération approche » ?

Jésus annonce des catastrophes, terribles catastrophes à venir. Ne sont-elles pas déjà venues ces catastrophes ? Ne sommes nous pas en plein cœur de ce bouleversement ?

Dieu est amour, tendresse et douceur mais il est aussi force et puissance. C’est ce paradoxe qu’exprime le style apocalyptique des écritures. Jésus est cet enfant-Dieu vulnérable dont nous ferons mémoire à Noël et il est aussi ce Fils de l’homme annoncé par Daniel et par Jésus lui-même. Il est à la fois Christ en gloire venant sur les nuées et l’homme de douleur sur la croix.

Jésus prononce ce long discours eschatologique et décrit, de façon symbolique, le désordre établi au cœur de l’humanité par sa cupidité et son irresponsabilité. S’il nous faisait le même discours aujourd’hui, il nous parlerait sans doute des guerres engendrées par la soif du pouvoir ou des richesses, sans compter l’oppression et la souffrance dues aux disparités entre les privilégiés et les exclus dans toutes les sociétés, y compris les mieux nanties. Il dénoncerait le gaspillage insensé qui pollue notre petite planète bleue pour des profits à (très) courte vue.

Dénoncer suffit-il ? Ne faut-il pas agir. Jésus est à l’œuvre dans le fond de notre cœur. De manière cachée, il agit si nous acceptons une alliance, celle de l’Eternité au cœur de notre cœur. Il agit dans l’enfouissement dans le monde jusqu’au creux de toutes détresses.

Malgré les apparences, Jésus ne parle pas uniquement d’une « fin du monde », mais de la transformation du monde, de l’installation d’un monde nouveau, du « renouvellement » du monde. Quand il décrit un chamboulement cosmique, ce n’est qu’une image symbolique du renversement complet de la situation. En résumé, son message, c’est « l’amour aura le dernier mot ». Christ nous invite à adopter une attitude non pas d’attente passive, mais de vigilance active : le quotidien doit être vécu à la lumière de cette espérance.
Jésus termine par une recommandation très importante : « Tenez-vous sur vos gardes ». À quoi faut-il prendre garde maintenant ? A toutes les formes de désordre dans la vie privée (égocentrisme, individualisme, avidité, cupidité). Son discours se termine non par l’appel à la crainte et au tremblement, mais par la confiance que donne cette entrée fulgurante du Fils de l’Homme dans l’histoire, à travers l’action de ses disciples pour défendre l’homme. Il les appelle à se tenir debout devant lui, dans l’attitude qui exprime la dignité qu’Il leur a redonnée en devenant l’un d’entre eux.

Nous pouvons tous faire quelque chose dès aujourd’hui. Pour changer le monde, commençons courageusement par nous changer chacun personnellement.

En ce temps de l’Avent, tenons-nous debout pour que la présence du Ressuscité nous pénètre et nous transforme et, qu’à travers nous, il continue et achève la libération de tous les esclavages, de toutes les souffrances, de toutes les violences et de toutes les oppressions engendrés par le péché de l’homme.

Peut-être vous ai-je parlé de Natacha qui est venue, il y a quelques années, demander le baptême ? Elle a pu être baptisée en banlieue, là où elle habitait
Elle m’a témoigné de la Présence de Dieu au cœur même de sa détresse. Bafouée et salie dès sa plus petite enfance, elle dit qu’à l’intérieur même de sa douleur, Dieu est là. Sans toutefois faire disparaître cette souffrance, il lui donne de ne pas en être totalement détruite. Et c’est une véritable intimité avec Dieu qu’elle vit, aussi loin qu’elle peut s’en souvenir, elle à qui personne n’a vraiment parlé de Dieu.

A un certain niveau, elle semble perdue, mais elle vit une expérience quasi-mystique. Comment comprendre cela, sinon en contemplant en Natacha, les premiers effets de la victoire de Dieu sur les forces de mort s’abattant sur l’innocence ? Même si son psychisme porte les traces des blessures infligées par ses bourreaux, même si cette violence reçue continue en elle son œuvre de destruction, même si la douleur est grande, dès maintenant, dans les profondeurs de son être, se vit déjà en Natacha la victoire de la vie sur la mort.

Je veux croire que sont jetées en terre, dans le cœur de Natacha, des semences de résurrection.

Je veux croire que tout acte, toute parole, tout frémissement de libération est infiniment précieux aux yeux de Dieu car la plus petite parcelle de vie, découverte, choisie et vécue au creux des plus grandes pulsions de mort participe à la victoire de Dieu sur toutes les forces de mal dans le temps et l’Eternité.

En l’Eucharistie, nous communions d’une façon très concrète à cette victoire du Christ sur la haine et la mort. Béni sois tu Seigneur pour la vie que tu ne cesses de livrer en nous, entre nous, dans ce monde en attente de justice et d‘amour.