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Homélies du P. Bernard-Marie

3ème dimanche de Pâques année B

Pourquoi dit-on qu’il est vraiment ressuscité ? N’est ce pas suffisant de dire il est ressuscité ? Pourquoi insister en disant « vraiment » ou « en vérité » comme s’il nous fallait nous en convaincre nous même ? Certes la notion même de résurrection est une réalité qui dépasse l’expérience humaine. Cependant dans l’insistance du vraiment, il n’y a pas qu’un désir d’auto-persuasion. Ce sont plutôt des éléments pour répondre plus justement à la question d’une nouveauté radicale depuis la Résurrection.
Habituellement, comment reconnaît-on quelqu’un ? Par son intonation de voix, par son visage, son regard, sa silhouette, sa démarche, ses gestes, tout ce qu’il a de plus personnel. Dans toutes les apparitions de Ressuscité aux disciples, rien de tout cela. D’abord, on ne reconnaît pas cet être qui a été pourtant si proche. Les évangélistes emploient généralement un passif. Il est vu mais ce n’est jamais une action de voir, active, franche, précise. Impossible de le voir comme avant sa mort. « Il est vu, il est apparu, il se tient auprès d’eux » comme si ce monde des apparitions indiquait une autre modalité de présence. Toute la pédagogie du Ressuscité est d’installer les fondations d’une juste conception théologique de la Résurrection. Deux axes essentiels de cette leçon, de cette démonstration du Ressuscité.
- l’insistance du Christ est grande pour prouver la réalité corporelle de sa Résurrection. Cette démonstration est aussi pour nous. Ce sont ces fondamentaux que les disciples nous transmettent. Ressusciter n’est pas une manière de parler. Ce n’est pas seulement l’âme. « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Avez vous quelque chose à manger ? »
- C’est le corps mais aussi l’histoire du Christ qui continue à faire des gestes qu’il a déjà partagés avec les disciples, des gestes connus : manger du poisson, se montrer dans un contexte familier, autour d’une table, sur le lac de Tibériade lors d’une pêche. Le ressuscité est bien celui que les disciples ont suivi, admiré, aimé. Son corps est bien réel, gardant les traces du travail accompli : ses plaies. C’est beau un corps qui a travaillé. Le travail de Jésus a été d’annoncer l’amour du Père. Un amour infini, inconditionnel, réparateur, libérateur. Aviez vous remarqué sur le visage de Mère Térésa les marques du travail de l’amour. Son beau visage tout ridé resplendissait de cet amour reçu et donné mais aussi de la souffrance de l’amour. Le visage de Charles de Foucaud, à la fin de sa vie amène au même sentiment : paix et joie, fruits d’un travail, d’une souffrance de dépassement, d’oubli de soi.
Tous ces témoignages du Christ ressuscité sont essentiels. Ils établissent la fécondité de l’amour. Cette fécondité est déjà visible, elle se laisse voir, elle est concrète, elle est inscrite dans la chair. L’amour du Christ ressuscité passe par la cohérence de l’événement proclamé de la Résurrection Il est vraiment ressuscité. Cet amour est à accueillir non seulement par la cohérence des Ecritures qui raconte « le dessein bienveillant de l’amour du Père, avant la fondation du monde » mais aussi par notre capacité à nous laisser ébranler toucher par cet amour. Rappelez-vous les disciples d’Emmaüs :
« n‘avions nous pas le cœur tout brûlant quand il nous expliquait les
Ecritures ? »
Dans la première lettre au Corinthiens, Paul raconte ce qu’on lui a transmis. Le christ a été vu par Képhas par les douze, puis par 500 frères à la fois (certains sont encore vivants, sous-entendu allez leur demander) et finalement il a été vu par moi.
Christ s’est laisse voir par Paul mais la manière dont le Christ s’est laissé voir par Paul est radicalement différente que celle destinée aux disciples. Ce n’est plus la même réalité. Le Christ qui lui apparaît est retourné vers le Père. C’est après l’ascension. Paul ne le voit pas à proprement parler. Il est aveuglé par une lumière qui le jette à terre et Il entend sa voix : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » C’est le Christ de gloire qui lui apparaît. Dire la gloire de Dieu, c’est dire le rayonnement de l’amour infini qui est en Dieu. Paul en est aveuglé et retourné. L’histoire d’amour avec ses disciples continue dans son Corps que sont les communautés chrétiennes persécutées par Paul.
On comprend mieux alors, la raison des apparitions du Ressuscité aux disciples dans l’entre-deux. C’est un sas important entre Pâques et l’Ascension. Christ y est présent mais c’est une présence différente de celle d’avant. Elle est cependant dans la continuité de ce qu’ils ont vécu ensemble. La Résurrection est corporelle et dans le Corps du Ressuscité une radicale nouveauté : l’extrême intimité en Christ de Dieu et de l’homme et ce jusque dans ce qui est blessé n l’humain
Notre foi repose sur les témoignages qui disent que Christ est vraiment ressuscité : amour blessé, amour fécond qui se laisse trouver par ceux qui se laissent aimer rejoindre par cet amour.
N’ayons pas peur de nos fragilités, elles sont les portes d’entrées de cet amour. N’ayons pas peur, Dieu nous rejoint dans nos blessures, dans nos frustrations, nos déceptions, dans notre tristesse comme pour les pèlerins d’Emmaüs, dans notre repentir comme pour Pierre, dans notre quête d‘amour comme pour Marie-Madeleine, dans notre zèle pour Dieu mal orienté comme pour Paul, dans le oui douloureux de Marie au pied de la croix.

Méditation de Bertrand Révillon sur Pâques.

Pâques : heureuse minute où il nous est donné de croire que tout est encore possible, que nos existences, quelles qu’elles soient, peuvent se remettre debout, choisir enfin la liberté.
Pâques : bienheureuse minute où la nuit cède enfin le pas aux premières lueurs de l’aube.
Pâques : temps béni où nous pouvons enfin nous risquer à devenir ce que nous sommes : des marcheurs, des nomades, des aventuriers, les yeux rivés vers la Terre promise de notre propre résurrection.
Viens, Seigneur ! Viens, Esprit consolateur, abattre l’arbre mort de nos doutes, où Tu gis, inerte et crucifié.
Viens, Esprit créateur, habiter notre cœur pour mieux nous relever de l’intérieur. Écarte, de Ton Souffle, la cendre de nos vies et viens attiser la braise de notre espérance. Sois pour nous Parole qui guérit, Lumière qui éclaire, Amour qui transfigure.
Viens, Seigneur, nous murmurer à l’âme que, déjà, Tu es là.

Pâques 2018

Quelle tension entre ces deux mots : crucifié et ressuscité !
Toute cette tension, nous la retrouverons dans le texte même de l’Evangile de ce dimanche de Pâques. Pour entrer dans le mystère de la Résurrection, nous avons besoin d’accepter une tension intérieure. C’est dans la tension consentie de ce paradoxe, qu’une lumière plus grande que celle notre intelligence peut nous faire faire ce passage entre crucifiement et Résurrection.
Première tension. L’évangéliste a décrit en détails tous les événements de la semaine qui ont abouti à la mort du Christ. St Jean la nomme, non comme une semaine faisant suite à la précédente mais comme « la » semaine : tension donc entre une semaine certes marquante mais qui comme les autres fait suite à la précédente avec ce qui est suggéré : cette semaine a valeur d’éternité. « Une fois pour toute » dirait l’auteur de la lettre aux Hébreux. De quelle semaine unique pourrait-il bien s’agir ? Si nous nous souvenons que Saint Jean commence son Prologue comme une nouvelle Genèse, nous pressentons qu’il s’agit du premier jour de la nouvelle création.
Autre tension : tension entre des mots qui font allusion à la mort et aux ténèbres mais aussi ouverture comme invitation à un passage vers cette nouvelle création. En effet, la pierre obstruant l’accès au tombeau a été roulée.
Autre tension : ce sont encore les ténèbres mais c’est de grand matin. La lumière rasante de l’aurore commence à dissiper l’obscurité : ouverture donc, passage de la mort à la vie triomphante. La pierre roulée en est le symbole, le tombeau est rendu accessible à une nouvelle réalité. Marie-Madeleine, encore toute embrumée et envahie par la tristesse cherche de l’aide auprès des apôtres non pour chercher le vivant mais toujours le corps inerte du crucifié. « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Marie-Madeleine n’est toujours pas sortie de l’ancien monde ; elle n’a pas encore pris conscience de la nouveauté advenue.
Pierre et Jean accourent.
Pierre, sans hésiter, entre dans le tombeau. La lumière de la résurrection n’a pas encore fait naître en lui un nouveau regard capable de saisir dans les événements le monde nouveau qui surgit. Dans la pénombre du tombeau, il ne voit que linge et linceul.
Il ne peut que prendre acte de l’absence troublante du corps du Seigneur.
Jean n’entre pas tout de suite ; il « se penche » et « contemple le linceul resté là ». Son regard scrute l’invisible et « voit ». Bien sûr, il voit ce que Pierre a vu mais bien plus. « Jean vit et il crut » nous dit l’évangéliste. Jean était au pied de la croix. Il a vu mourir Jésus. L’Evangile de la Passion selon St Jean précise que jésus remit l’Esprit. L’évangéliste ne dit pas que Jésus rendit l’Esprit mais qu’Il remit l’Esprit. Pour lui, Jésus meurt sur la croix en livrant déjà l’Esprit. Difficile pour nous de comprendre que la mort de Jésus donne la vie, donne l’Esprit. L’Esprit change notre regard, change le regard de Jean. Que voit-il ? Des linges mais disposés d’une certaine façon. il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part, à sa place ». Le suaire autour de la tête de Jésus, c’est le linge roulé qui enserre la tête et qui retient la mâchoire. Il est roulé à sa place, c’est à dire en place. Le drap proprement dit qui a enveloppé le corps de Jésus posé à plat. C’est dire que le corps de Jésus n’est plus là et cependant, rien n’a été déplacé. Jean a compris cela et en plus, il fait un lien avec l’Ecriture.
le disciple bien aimé est capable de saisir au plus profond du tombeau, au creux tragique des événements ce qu’avait annoncé les écritures. « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Quelle phrase de l’Ecriture arrive alors à l’esprit de Jean lui permettant de faire ce passage dans la foi en la résurrection ? J’ai adhéré à l’hypothèse du Père Kowalski qui pensait que c’était, entre autres, cette fameuse phrase : « Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai ». Seul l’esprit illuminé par la foi, l’espérance et l’amour peut discerner, le mystère du Jour nouveau et du Monde nouveau, le mystère de la nouvelle création qui s’annonce, le mystère de la présence du Vivant qui vient combler notre attente. « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ». Certes nous le savions ! Mais nous le vivons encore et encore à nouveau, avec ce que nous sommes aujourd’hui. Dieu fait toute chose nouvelle. Comme tous les ans, la liturgie nous donne d’accueillir cette nouveauté. Cet aujourd’hui de la résurrection, nous rejoint dans tout ce que nous sommes. Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Toute soif, toute détresse, toute injustice ont été déposées auprès de Dieu, au pied de la Croix. De la croix a jailli l’eau vive du salut et c’est notre joie. Maintenant, nos yeux éblouis par la lumière de Pâques saisissent cette joie comme un cadeau inespéré : Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Christ est ressuscité et c’est pour nous qu’Il est ressuscité. Les effets de la résurrection agissent déjà dans notre vie. Au milieu de notre chaos, Dieu trace des chemins de libération. La résurrection est cette nouveauté, cette nouvelle création dans nos vies. Oui ! croyons aussi à l’expérience de la puissance de la résurrection dans la nuit de ce monde. Mettons-nous à l’écoute de ce monde en souffrance, de ce monde en attente. En son nom, accueillons ce mouvement puissant qui nous fait passer de la mort à la vie. Mais de quelle puissance s’agit-il ? Cette puissance n’a rien à voir avec ce que ce mot évoque parfois, selon l’image du monde, de contrainte, d’écrasement et de violence. Christ s’est fait serviteur, aux antipodes des tyrans de la terre qui dominent par la terreur. Christ serviteur révèle la vraie royauté, puissance d’amour et non de pouvoir : puissance d’amour, faite de douceur et de force, jaillissant d’un cœur habité par la puissance de l’Esprit. Dans cette puissance rayonnent lumière et tendresse infinies. Certes en Christ, la victoire est déjà réalisée mais déjà vivante en nous, disponible et certaine bien que l’accomplissement en plénitude en nos vies ne soit qu’en devenir. C’est cela notre espérance. Accueillons la dans le concret de nos vies, dans les joies certes mais aussi dans le poids du jour et même quand tout paraît difficile, éprouvant.
Dieu nous précède dans ce monde nouveau de la résurrection. Il nous précède dans la plus éblouissante nouveauté.
La résurrection, c’était il y a plus de 2000 ans mais en quelque sorte nous pouvons dire que la résurrection vient vers nous, elle vient non seulement de l’histoire passée de Jésus mais elle est déjà là et nous pouvons à chaque instant y plonger notre présent. Elle vient aussi de l’avenir car la Résurrection est non seulement source mais aussi finalité de notre vie.
Dans le face à face avec lui, quand nous le verrons tel qu’il est alors nous lui serons semblables 1jn 3, 2