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Dimanche 26 mai

Du P. Bernard-Marie GEFFROY

Passage de l’absence à un autre mode de présence

Jésus et ses disciples. Joie d’aimer et d’être aimé. Jésus les prépare à l’absence. Je vous dis cela pendant que je demeure encore avec vous. Autre présence. Les disciples ont beaucoup reçu. Désormais ils auront à donner à leur tour. Une rupture, une distance qui n’est pas une absence est nécessaire afin que porte fruit tout ce qu’ils ont reçu. Présence d’un autre ordre, une présence moins sensible que l’amitié qu’il partageait avec eux mais plus intérieure, plus profonde, une présence non seulement de Jésus, mais du Père et du Fils ensemble, et en plus, investissement, prise en charge par le Saint Esprit.
Etonnante intimité où le Père et le Fils viennent demeurer avec nous et où le Saint Esprit sans cesse nous adresse la parole au plus intime de nous-même. Cette parole, écoutée et accueillie a la puissance de nous restituer à tout instant le Seigneur Jésus. Il nous suffit d’aimer Jésus et de garder sa parole.
Nous savons que nous ne sommes plus que notre corps et notre psychê. Nous sommes des êtres spirituels. C’est quoi un être spirituel : un être capable de trouver le sens autour de valeurs et de s’en rendre responsable. Les apôtres ont trouvé le sens de leur vie, c’est le Christ vivant au milieu d’eux et en eux. Nous aussi, nous ne sommes pas corps et psychê. Nous ne sommes pas que… Alexis, jeune toxicomane, à qui a été dit dans une communauté de rétablissement : « tu n’es pas que ta dépression. »
Il a trouvé au fond de lui, ce sanctuaire inviolable qui lui permet de garder le sens, de ne pas être livré au chaos de son désordre psychologique. Alexis a changé. Il reste marqué par son passé mais quand il part en vrille, il s’appuie sur cette découverte. La porte de la vie intérieure qu’il a trouvée et qu’il ouvre parfois lui donne accès à un supplément d’être d’où surgissent des forces capables de cohérence. Au cours de ses paniques, il s’oriente, trouve le sens et fait l’expérience de l’Esprit Saint au plus profond de lui-même…

L’Esprit Saint nous permet un autre passage. Nous avons à nous ouvrir à plus que nous-même mais aussi à nous ouvrir aux autres différents. C’est tout l’enjeu du premier concile, celui de Jérusalem. C’est en fait le passage de l’uniformité à l’universel.
Babel et la toute-puissance
Concile de Jérusalem. Le don de l’Esprit Saint a été reçu. L’unité n’est pas dans l’entre-soi mais dans l’ouverture.
Pas d’identité chrétienne mais une façon chrétienne de vivre son identité.
Notion d’inculturation
16 °siècle Saint François Xavier
17° siècle Mateo Rici

Passage de la terre au Ciel
Saint Jean a vu le Ciel ouvert devant lui et il contemple la cité céleste. Le désir du Ciel. L’absolutiser, c’est le risque de s’échapper du monde pour moins souffrir du mal qui semble victorieux. Les québecois disent le Ciel rien que le Ciel, c’est le risque de flyer. C’est vrai que l’on peut avoir la tentation de flyer, de butiner dans l’azur et de ne pas être vraiment présent au monde.
L’autre risque, c’est de perdre le sens de ce nous sommes : des êtres créés par amour. De cet amour nous en sommes pétris et c’est cet amour qui nous espère, nous attend, vers lequel nous allons. Ce monde est comme un chantier, un laboratoire pour apprendre à aimer, à espérer et à croire mais ce n’est pas notre destination définitive. Je trouve heureux l’expression de Saint Jean qui contemple la Jérusalem céleste descendre du Ciel. Là-haut est notre destination et cependant dès ici-bas nous en avons un avant-goût dans la joie de donner et de recevoir, dans la prière qui secrètement jaillit de notre cœur dans la plus humble invocation. Le Père et le Fils demeurent avec nous, l’Esprit prie en nous. Cette joie personne ne nous l’enlèvera.
L’Eucharistie, c’est l’amour de Dieu qui descend du Ciel pour nourrir notre espérance, notre propre capacité à aimer et à croire en l’amour infiniment bienveillant du Seigneur.