Homélie du 2ème dimanche de l’Avent

par le père Thierry Knecht


Le Christ naît ! mais est-il déjà né dans notre cœur ? Avec la fête de Noël, vient inéluctablement cette interrogation, caché sous les tonnes de mélasses de bonnes intentions sous lesquelles nous risquons d’étouffer le message cru et dévastateur de l’incarnation, le scandale de Noël. Dieu vient, mais y-a-t-il encore quelqu’un prêt à l’accueillir ? Nous parlions de ces trois venues du Christ : dans l’histoire, dans la gloire et en chacun de nous. De nombreux chrétiens pensent l’être parce qu’ils croient en la venue historique du Seigneur Jésus. Mais pour le croire, il n’est pas nécessaire d’être chrétiens. Non, devenir disciples signifie faire naître (re-naître pour certains) la présence intérieure de Dieu.

Le premier dimanche nous a secoué pour que nous laissions pas passer la vie, pour que nous prenions effectivement conscience du salut qui nous est proposé, du visage souriant de Dieu, du destin de chaque homme. En ce second dimanche retentit le cri de Jean Baptiste qui nous invite à la conversion, et pas avec des paroles doucereuses ! La conversion – nous dit Jean Baptiste – est la meilleure préparation que nous puissions faire pour accueillir le Seigneur. Osant paraphraser Ponce Pilate, je peux m’interroger : Mais qu’est-ce que la conversion ? Tout de suite, vous comme moi pensons : “être bons, ne pas blasphémer, aller à la messe… ; oui, ce n’est pas faux et en même temps ce n’est pas tout à fait cela.

La conversion c’est vouloir se rendre en un lieu et nous rendre compte que nous nous sommes trompés de direction, donc avoir le courage de nous arrêter et de faire une belle inversion de marche. Mais cela suppose que nous sachions notre destination, et là commencent les problèmes… sommes nous sûr de savoir quelle direction prendre dans notre vie ou nous nous contentons de suivre aveuglement le troupeau, celui qui nous précède sans nous poser de question ? Sommes nous ballotés au gré des vents de la rumeur et de l’opinion ?
Plus ou moins, nous recherchons tous le bonheur et un bien être authentique (non celui vanté par la publicité) ; alors ce que nous faisons nous mène-t-il à une vie plus plénière ? Non ? Avez vous l’impression que notre monde civilisé ait vraiment combler notre cœur d’hommes après nous avoir rempli la tête de tant d’illusions ? Et alors pourquoi attendons-nous autant pour changer le cap ? Peur d’abandonner nos petites sécurités fragiles pour chercher une vérité incertaine ? Possible. Mais le Dieu que nous espérons et attendons est un Dieu qui nous dévore de l’intérieur, un feu qui brûle en nous, qui balaie nos peurs, un Dieu fort et impétueux !

Jean admoneste ses contemporains et nous : il ne suffit pas de se réfugier derrière la tradition (“nous avons Abraham pour père !”) ou une foi extérieure, de façade, de conscience tiède (“donnez des fruits dignes de conversion”). Celui qui vient à notre rencontre, demande un vrai changement, un choix de vie, une prise de position. Dieu – devenant homme – sépare la lumière des ténèbres, oblige à l’accueillir ou à le rejeter. Quand Dieu était dans les nuages, qu’il fallait l’invoquer pour demander un miracle ou qu’on pouvait insulter parce que le miracle n’a pas eu lieu, est une chose, mais là nous parlons d’un Dieu nouveau-né, ce n’est plus la même chose.

Un Dieu sans défense qui brise nos idées sur Dieu. Un Dieu humble et fragile, qui demande hospitalité et non pas une vaine dévotion. Alors, courage, imitons le Seigneur Jésus, comme le demande Paul aux chrétiens de Rome, actualisons la très belle prophétie d’Isaïe qui rève d’un enfant jouant avec la vipère, le lion avec le chevreau… et l’avent est justement le temps idéal pour poser des gestes de paix et de solidarité authentique.

Jean Baptiste, encore tout immergé dans le premier testament, menace. Jean ne connait pas encore le vrai visage de Dieu ; il en restera lui même stupéfait, jusqu’à douter, jusqu’à croire qu’il s’est trompé sur son cousin Jésus. Le grand Jean, ami de l’époux, qui nous secoue de nos torpeurs, qui brise nos fragiles vérités, nos paroles creuses, nos célébrations vides.

Courage, frères, c’est vraiment le temps pour préparer la route au Seigneur qui vient, c’est vraiment le temps de nous positionner, d’accueillir ce Dieu toujours inattendu toujours différent.