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Canonisation de Mère Theresa

Moins de quelques jours avant la canonisation à Rome de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta (Kolkata), le 4 septembre prochain, la mégalopole indienne où la fondatrice des Missionnaires de la Charité a servi inlassablement les plus pauvres pendant près de cinquante ans, est entrée en ébullition avec les préparatifs des festivités organisées en l’honneur de la bienheureuse.

Un logo officiel indien pour sa canonisation

Mère Teresa de Calcutta sera canonisée à Rome le 4 septembre durant l’année sainte de la miséricorde. À la suite de Jésus, elle aura été un visage crédible de la miséricorde du Père pour notre temps. Elle se présentait ainsi, non sans humour : « De sang, je suis Albanaise, de citoyenneté, Indienne ; de religion, catholique ; par ma mission, j’appartiens à tout le monde ; mais mon cœur n’appartient qu’à Jésus ». Voici un résumé de sa vie et de son message à partir de mon livre J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa (Éditions Parole et Silence), réédité en poche à l’occasion de sa canonisation.

N’être qu’à Jésus

La spiritualité de la sainte de Calcutta pourrait se résumer en trois mots : tout pour Jésus. « Only for all Jesus », répétait-elle souvent, comme une devise inscrite en son cœur. En avril 1942, elle avait prononcé un vœu privé : donner à Jésus tout ce qu’il peut demander, ne rien lui refuser. Ce vœu s’inspirait de la petite voie de confiance de Thérèse de Lisieux, qu’elle avait lue plus jeune. Elle l’avait choisie pour homonyme parce qu’elle faisait des choses ordinaires avec un amour extraordinaire. Pour les deux Thérèse, la sainteté n’est pas destinée à une élite, auréolée ou non, elle est le devoir de tous.

J’ai soif de la petite Thérèse à Mère Teresa © Parole et silence
J’ai soif de la petite Thérèse à Mère Teresa © Parole et silence
Agnès Gonxha Bojaxhiu naît le 26 août 1910 de parents albanais à Skopje, en Macédoine. Elle est baptisée le lendemain. Son père Nikolle meurt subitement lorsqu’elle a 9 ans. Sa mère Drana va s’occuper de la famille qui compte trois enfants. Son désir d’être toute à Jésus croît avec les années et l’entraîne à devenir postulante à 18 ans chez les sœurs de Notre-Dame de Lorette, appelées aussi « Dames Irlandaises », très actives en Inde. Elle part pour Dublin apprendre l’anglais et commence son noviciat en Inde. Elle prononce ses vœux définitifs dans l’ordre de Lorette le 24 mai 1937.

En 1944, elle est nommée directrice de l’école où elle enseigne. Elle accueille ces responsabilités dans la joie, même si elle ne se sent pas à la hauteur, puisque ses supérieures le lui demandent. Elle ne pouvait rien refuser quand c’était pour Jésus, semant la gaieté autour d’elle, même dans les contrariétés quotidiennes.

Une Québécoise me raconta cette anecdote. Elle était partie quelques semaines avec sa fille pour travailler au mouroir de Calcutta. À la fin de leur séjour, elle voulut prendre Mère Teresa en photo avec sa fille. « No photo, no photo » s’exclama Mère Teresa. La dame insista : « For Jesus, Mother ». Elle répliqua en souriant : « Ok ! Photo for Jesus, only for Jesus ».

Elle montrait par l’exemple que c’est l’intensité de l’amour que nous mettons dans nos gestes qui les rendent beaux aux yeux de Dieu. Cette joie du don ouvre les cœurs blessés à la tendresse et répond à la soif de Jésus qui veut être tout pour tous. Le 20 août dernier, c’était le logo officiel de la canonisation de la fondatrice des Missionnaires de la Charité qui était rendu public. Dessiné par une catholique indienne, designer dans la région de Bombay (Mumbai), ce logo servira pour la messe de canonisation à Rome et pour les grandes célébrations organisées en Inde et en Macédoine, pays d’origine de Mère Teresa.

A Calcutta, une multitude d’initiatives pour célébrer sa canonisation

Le 25 août prochain, veille de la date anniversaire de la naissance de Mère Teresa, Mgr Thomas D’Souza, archevêque de Calcutta, bénira une statue de bronze sculptée à la taille réelle de la bienheureuse, à son évêché. Offerte par le consul honoraire de Macédoine dans la cité indienne, la statue sera placée à côté d’une statue de Jean-Paul II, ami de la future sainte.

Dans cette mégalopole bruyante et bondée, universitaires, prêtres, étudiants et artistes se sont également mobilisés pour organiser des séminaires, des expositions et des journées de prière afin de faire connaître la spiritualité de Mère Teresa, « la sainte de tous », connue dans le monde entier pour son action en faveur des plus pauvres.

A partir du 26 août, un festival international du film, le Mother Teresa International Film Festival (MTIFF), organisé par la délégation indienne de SIGNIS, l’Association catholique mondiale pour la communication, se tiendra pendant trois jours au Kolkata’s Nandan Multiplex, prestigieux centre culturel et audiovisuel de Calcutta, afin de célébrer la vie et la mission de Mère Teresa. Ce festival proposera 23 films indiens ou étrangers sur Mère Teresa, puis le MTIFF voyagera dans de nombreuses villes indiennes avant de s’exporter à l’étranger.

Le 2 octobre 2016, une messe géante d’action de grâce suivie de diverses cérémonies est prévue au stade Netaji (Netaji Indor Stadium), en présence du vice-président de l’Inde, Hamid Ansari. Puis en novembre, le gouvernement du Bengale-Occidental organisera ses propres festivités en « hommage à Sainte Teresa de Calcutta ».

A Park Street, également baptisé « Mother Teresa Sarani », boulevard branché de la ville où la jeunesse a l’habitude de se retrouver, des festivités sont également prévues jusqu’à Noël.

A l’orphelinat, une affluence qui ne se dément pas

Non loin de là, à la maison-mère des Missionnaires de la Charité, où se trouve la tombe de la future sainte, des pèlerins venant de diverses régions d’Inde ou de l’étranger affluent pour se recueillir et prier sur la tombe de Mère Teresa, où ils peuvent déposer des intentions de prière.

D’autres personnes viennent pour y trouver une écoute attentive, de la consolation ou encore des médicaments ou des vivres. Pendant que Sr Laisa et Sr Ansavio distribuent des sachets de médicaments à quelques visiteurs venus chercher de l’aide, Sr Ruth, Missionnaire de la Charité, confie : « C’est le charisme de Mère Teresa qui m’a fait entrer dans la congrégation à l’âge de 18 ans. »

« Mère Teresa a toujours été une icône à la confluence des religions, c’est pour cela que j’éprouve autant de dévotion envers elle et envers sa puissance d’intercession », a expliqué Aarti Kumari, hindou et visiteur régulier des sœurs Missionnaires de la charité, auprès desquelles il aime venir chercher des conseils, lorsqu’il doit faire face à des problèmes familiaux.

« Nous l’avons côtoyée, touchée et bientôt elle sera déclarée sainte. C’est pour nous un temps de réjouissance et d’allégresse », confie une Missionnaire de la Charité. A la maison-mère, des rassemblements de prières et des messes ont été organisées à l’occasion de la canonisation de la fondatrice. Le 26 août, jour de la date anniversaire de naissance de Mère Teresa, une messe d’action de grâce sera célébrée. Le 4 septembre, les sœurs, novices et volontaires pourront suivre sur écran, à la maison-mère, les célébrations en direct de la place Saint-Pierre, de Rome.

Un rayonnement international et interreligieux

« Mère Teresa n’a jamais rien fait pour elle-même, constate Nurul Islam, un commerçant musulman de Calcutta, qui vend des objets à l’effigie de la bienheureuse. Nous suivons son exemple et nous aussi nous voulons agir pour les autres. En possédant un objet qui la représente, les gens pourront ainsi avoir quelque chose qui leur rappelle l’action de Mère Teresa. »

Depuis l’annonce de sa canonisation, les Filles de Saint Paul, qui tiennent une boutique de livres et d’objets religieux à Calcutta, voient beaucoup d’hindous venir acheter des objets ou des livres sur Mère Teresa. « Les gens viennent acheter des livres, des CD, des DVD sur sa vie, c’est comme si elle était encore vivante, confie Sr Emily. C’est pour nous un privilège de contribuer à faire connaître la personnalité et la mission de Mère Teresa », ajoute-t-elle.

Festivités à Rome

Place Saint-Pierre à Rome, la délégation officielle venue d’Inde ne comptera pas moins de 200 personnes, dont l’actuel archevêque de Calcutta, Mgr Thomas D’Souza, et Sœur Prema, la supérieure des Missionnaires de la Charité. La ministre-présidente de l’Etat du Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, ainsi que la ministre fédérale des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, sont annoncées comme faisant partie de la délégation. Grand absent pour l’instant de cette délégation : le Premier ministre indien, Narendra Modi, issu du parti nationaliste hindou, le BJP, qui ne semble pas avoir prévu de se rendre à Rome, bien qu’invité par les évêques catholiques indiens.

Sr Prema, la supérieure des Missionnaires de la Charité, ainsi que ses trois assistantes ont, pour leur part, quitté Calcutta pour Rome, le 12 août dernier, afin de finaliser les préparatifs de la canonisation. Deux religieuses de chaque région où se trouve la congrégation ont été choisies ou tirées au sort pour se rendre aux festivités, à Rome. Le 4 septembre prochain, veille de la fête liturgique et du jour anniversaire de la mort de Mère Teresa, c’est le pape François lui-même qui célèbrera la messe et présidera le rite de canonisation de la bienheureuse Mère Teresa.

« Nous sommes très reconnaissantes envers Dieu qui a tant fait pour nous. Nous sommes remplies de joie et espérons que Mère Teresa intercèdera pour nous et envers les plus pauvres, afin qu’ils soient comblés d’espérance », a déclaré Sr Prema, à l’agence Ucanews.