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Une messe au Krak des Chevaliers pour la deuxième fois en 8 siècles

Les volontaires français et syriens de l’association SOS Chrétiens d’Orient ont eu une chance inouïe, celle d’assister à la messe dans la chapelle du Krak des Chevaliers, célèbre forteresse croisée exceptionnellement préservée en Syrie. En 1940 déjà, pendant le mandat français, une messe des rameaux avait été célébrée entre ces murs épais. C’est donc la deuxième fois seulement en 745 ans qu’une prière catholique s’élevait du mont syrien.

« C’est l’unité dans le temps qui se refait », réagit le père Augustin-Marie Aubry, prêtre de la fraternité Saint-Vincent-Ferrier et conseiller religieux de l’association française. L’unité dans le temps était particulièrement complète : sa fraternité célèbre en effet la messe selon le rite dominicain traditionnel, celui-là même qui était célébré par les latins en Orient au XIIIe siècle ! Les mots qui ont raisonné ce 31 juillet étaient donc les mêmes que sept siècles plus tôt. « Nous avons prié pour la paix, et pour les habitants de la région dans laquelle le Front al Nosra a commis de terribles exactions », poursuit le jeune religieux.

L’ordre des Hospitaliers tient le Krak pendant 129 ans

On devine les horreurs commises lorsque l’on traverse les villages alentours dévastés par d’âpres combats. Cette merveille architecturale avait été conquise par les djihadistes du groupe terroriste le 8 mars 2012, avec l’aide d’islamistes libanais venus en renfort. Il avait ensuite fallu deux ans et deux mois à l’armée syrienne pour récupérer la forteresse justement réputée pour être… imprenable !

Conçu à l’époque des croisades, le Krak était aux mains des Kurdes lorsque fut lancée la première croisade en 1099. Conquise puis abandonnée par Raymond de Saint-Gilles, elle fut finalement récupérée par le régent d’Antioche Tancrède, en 1115. Mais le coût de l’entretien d’une telle forteresse était si élevé que Raymond II la confia finalement à l’ordre des Hospitaliers. C’est à cette époque que l’on commence à l’appeler le « Krak des Chevaliers ».

Il faudra alors 129 ans pour que la forteresse retombe entre des mains ennemies : en 1271, le sultan des Mamelouks Baybars 1er se saisit du château qui ne sera jamais repris par les Francs.

La messe n’y sera donc plus jamais dite…
« Un rêve d’enfant » pour le père Aubry, mais pas seulement : « cette messe était un signe très fort pour le pays et même pour le monde puisque le combat est désormais commun ». Ce combat, c’est celui de la paix. Les volontaires répartis dans le pays pendant l’été s’étaient retrouvés quelques jours pour prier à cette intention, tous ensemble.

C’est donc après avoir entendu la messe dans la petite chapelle où saint Paul fut baptisé à Damas, puis dans le petit village martyr de Maaloula et dans bien d’autres lieux saints du pays meurtri que les volontaires ont lancé leur dernière prière ensemble, au sommet du château.

La force d’espérer encore la paix

« C’était un moment très émouvant », confie aussi le responsable de la mission Syrie de l’association, Alexandre Goodarzy. « Tous les volontaires étaient réunis autour de l’essentiel dans un lieu magnifique et chargé de nos histoires communes », insiste-t-il.

Parmi les volontaires, deux petites religieuses venues d’un village de la vallée chrétienne voisine. Sœur Lydia, visiblement très touchée, s’est saisie de l’occasion pour continuer à supplier le Ciel : « Il y a longtemps que je n’avais pas entendu cette messe ancienne, c’était très beau et elle nous a porté vers le Ciel. Elle nous a donné la force d’espérer encore la paix pour la Syrie et pour la France qui souffre énormément. Nos deux peuples étaient rassemblés pour que Dieu bénisse nos actions et nos intentions ».

Les quelque vingt volontaires présents sont finalement repartis dans leurs missions auprès d’enfants ou sur des chantiers de reconstruction, toujours plus déterminés à soulager les souffrances de leurs frères Syriens mais également heureux d’avoir pu confier à Dieu leur propre pays si cruellement attaqué il y a encore quelques jours.