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Pourquoi un concile panorthodoxe ? Entretien avec Jean-François Colosimo

La réunion de toutes les Églises orthodoxes devrait se tenir en Crète du 19 au 26 juin. Mais tout n’est pas si simple...

Aleteia : Plusieurs Églises orthodoxes – de Russie, de Bulgarie, d’Antioche et de Géorgie – sur les quatorze que compte l’orthodoxie ont déjà fait savoir qu’elles n’y enverraient pas de délégation. Le concile peut-il encore avoir lieu ?

Jean-François Colosimo : Aucune Église ne demande la suppression du concile. Elles y sont toutes attachées, quoique quatre d’entre elles en ont demandé le report. Il n’y a pas de front uni contre le concile, mais des points de désaccords ou des attentes déçues qui sont propres à chacune de ces Églises. Le concile peut tout à fait se tenir, et même si seuls les deux tiers des Églises sont représentés, ce serait un immense événement car sa valeur ne tiendra pas au nombre de participations, mais à sa réception à travers le temps.

Le Patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, tient manifestement à ce que ce concile ait lieu coûte que coûte…

Et il a raison, si je puis dire ! L’Église orthodoxe a besoin de répondre aux défis de la modernité. Elle rencontre les mêmes questions que l’Église catholique, à savoir comment témoigner de la foi dans le monde contemporain. Si ce n’est que le monde orthodoxe a sur les épaules le poids d’une histoire éprouvante. Les orthodoxes sont, avec les bouddhistes, les seuls à être sortis du XXe siècle avec moins de territoires, dans l’absolu, et moins de croyants, au prorata de l’essor démographique, qu’ils n’y sont entrés. Songez que l’Église russe a connu plus de 70 ans de persécutions intenses, durant la période communiste !

Les Églises orthodoxes sont d’accord sur le principe du concile, mais n’arrivent pas à le tenir ensemble. Comment expliquez-vous ce blocage ?

L’Église orthodoxe est structurellement différente de l’Église catholique. Bartholomée Ier n’en est pas le pape, c’est « le premier d’entre ses pairs ». Il n’a pas de pouvoir spécifique, doctrinal ou disciplinaire. Ce n’est d’ailleurs pas par défaut que l’orthodoxie est organisée de la sorte : elle refuse le principe d’un tel pouvoir centralisé au nom de sa propre compréhension de l’ecclésiologie. Cela rend-il les problèmes plus difficiles à régler ? Oui, nous le constatons avec le concile général. Mais c’est aussi une part de la vérité de l’Église orthodoxe que d’être incapable de maintenir une façade d’unité qui ne traduirait pas l’union et communion des esprits.

Que va-t-il advenir de ce concile désormais ?

L’Église orthodoxe est face à des défis, et il n’est pas étonnant qu’un Concile général donne lieu à des désaccords. Songez à Vatican II au sein de l’Église catholique : il y eu des conflits, et même un schisme, demeuré fort heureusement marginal. J’espère que les orthodoxes sauront négocier les changements à accomplir avec le plus de sérénité possible. En cette occasion, le Patriarche Bartholomée Ier accomplit une belle œuvre et le sens même de sa « présidence dans la charité » qui est au service de tous.

Propos recueillis par Sylvain Dorient