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Commentaires du Père Bernard Marie Geffroy sur l’Evangile du jour Radio Notre Dame

Lundi 15 février 2016

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?” Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Il s’agit sans doute d’un des passages les plus déconcertants de l’Evangile, puisqu’il n’y est fait aucune référence à Dieu, ni au culte qui lui est dû, ni même à une confession de foi qui nous vaudrait le salut. Le roi sépare les brebis des chèvres uniquement sur le critère de la compassion active qu’ils ont manifestée - ou omis de manifester - envers leur prochain démuni.
Une parabole est nécessairement une provocation. Laissons nous provoquer en ce début de carême par le caractère absolu de l’exigence de Jésus. Soutenir les plus en souffrance n’est pas réservé à quelques spécialistes mais exiger pour tous.
C’est urgent !
Fais-le. Pas demain mais aujourd’hui. Demain tu auras laisser passer le sens de ta vie.
Oui mais nous nous défendrons, nous dirons, c’est en ton nom que nous avons parlé. Éloignez vous de moi, vous qui ne faites pas la volonté de mon Père répondra Jésus. La plaidoirie qui vient après la charité refusée survient toujours "trop tard".
Car on n’a qu’une seule vie pour apprendre, pour s’exercer à aimer !.
Une grande tentation, c’est de se dire : alors s’approcher du Christ, c’est aimer quelques pauvres et tout le reste est ce vraiment utile ? C’est ce que j’appelle l’idolâtrie du pauvre. L’identification du Christ est une identification de compassion. Le pauvre n’est pas identitairement le Christ. Cela ne nous dispense pas d’aller à la source qu’est le Christ dans sa capacité à aimer jusqu’à l’extrême de l’amour.
Seigneur, j’ai besoin de ta compassion aujourd’hui certes et demain, sûrement. J’ai besoin de ta compassion, j’ai besoin de la compassion des autres. Apprends moi à la donner mais aussi à la recevoir de toi et des autres.
Lc 11,29-32

Mardi 16 février 2016

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »

Christ nous invite à ne pas rabâcher et prier le Père qui connaît tous nos besoins. Alors à quoi bon les mots ? À quoi bon la prière ? Dans le Notre Père, ce ne sont pas d’abord nos mots mais ceux de Jésus. C’est comme s’il nous faisait cadeau de ses mots à lui, tout chargés de son amour pour le Père pour que nos entrions dans sa propre prière. C’est dans le Fils que nous sommes vraiment enfant du Père, c’est dire la qualité de prière dans laquelle Jésus veut nous emmener.
Aujourd’hui, en cet instant même, nous sommes tous engendrés à une même vie filiale.
Dans le Christ, Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants. Aujourd’hui, en cet instant, il exerce en chacun de nous sa paternité et ne cesse de nous communiquer sa propre vie divine.
Nous avons toujours à nous redécouvrir frères et sœurs, par des liens plus profonds que ceux du sang.
Ce qui compte, c’est donc la qualité d’amour qui porte notre prière au Père dans tous les événements de la journée, grands ou petits. D’abord l’amour du Fils pour le Père, leur souffle d’amour mutuel, l’Esprit Saint. Ensuite notre pauvre amour. Saint Augustin nous assure que pendant que nous prions, Dieu façonne nos cœurs et nos âmes.
Même dynamique pour le pardon. Notre pauvre pardon a de l’importance pour Dieu qui veut que nous pardonnions. Non que son pardon dépend du nôtre mais il est la porte d’entrée en nous à sa propre puissance de pardon.
Oui, notre propre prière a de l’importance, nos mots, nos pauvres mots portés par ceux du Christ sont espérés par Le Père. Notre pardon à nos débiteurs, porté par le pardon du Christ qui pardonne sur la Croix sont attendus par Dieu, qui veut nous libérer de notre propre dette. Prière et pardon sont suscités, portés par l’Esprit Saint qui crie en nous ABBA Père.

Mercredi 17 février

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 20-26)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »

Jésus vient accomplir la loi. C’est dire que le discours sur la montagne vise à la fois l’enracinement dans la tradition et une nouveauté radicale. Ce dépassement est solennellement proclamé avec autorité mais aussi sous une lumière nouvelle.
L’autorité de Jésus est de celle qui fait grandir, qui invite chacun au dépassement. Son exigence vient de cette nouvelle lumière qui permet d’aller à la racine du mal, cette nouvelle lumière qui vient éclairer et travailler la cause de l’acte lui- même et non les conséquences de la faute sanctionnée par la loi. Ce déplacement est maintenant possible car, comme dit Saint Jean, la Lumière est venue dans nos ténèbres...la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. C’est donc maintenant possible.
Que nous demande le Christ en fondement de la loi nouvelle ?
Ne pas se mettre en colère, tout d’abord. La colère vient du cœur. Comment ne pas se laisser déborder par la colère ? Souvent elle s’impose et ne prévient pas. Jésus m’avertit, c’est là qu’il faut agir, c’est là que se joue l’exercice de ma liberté.Tout ce qui est mis au jour devient lumière, dit Saint Paul.
Nommer, exposer ma colère à la lumière est un vrai travail, travail sur soi et acte de foi, travail à remettre sans cesse sur le métier. Peut-être, n’aurais-je pas alors à passer à l’étape suivante, celle des lèvres ?
La deuxième recommandation de Jésus, c’est ne pas verser dans l’insulte. C’est aussi un deuxième lieu où travail sur soi et accueil de la grâce collaborent pour freiner, attaquer, éradiquer le mal.
Et le troisième lieu est celui qui vient quand l’insulte n’a pu être retenue et qu’elle risque d’appeler une riposte qui enchaîne alors tout un processus de violence entraînant la violence.
Éradiquer la violence, là même où elle prend naissance est maintenant possible dans cette synergie de l’amour de Dieu qui vient au secours de notre pauvre amour et pour cela il nous faut consentir à la conversion profonde du cœur, des lèvres et de l’intention.
Cela est si vrai aux yeux de Jésus que, même la prière, même l’offrande à l’autel, même l’adoration liturgique au cœur du temple, passent après cette priorité absolue de l´amour. « Va d’abord te réconcilier avec ton frère ! » (Mt 5,24).

Jeudi 18 février 2016

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 43-48)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Vous avez appris...Eh bien ! Moi je vous dis. Refrain bien connu du discours sur la montagne qui appelle chacun à un dépassement.
Jésus proclame le dépassement de l’Ancien Testament sans pour autant l’abolir. En ce qui concerne l’amour des ennemis, nous pourrions croire qu’il y ait rupture. Surtout que le texte semble sous-entendre que le premier Testament demande de haïr son ennemi.
Psaumes 139.21. seigneur, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre toi ?
22 Je les hais d’une parfaite haine ; ils sont pour moi des ennemis.
Je les hais d’une parfaite haine. Il serait difficile de verbaliser sa haine avec plus de conviction.
Dans cet autre passage.
Psaumes 26.5. Je hais l’assemblée de ceux qui font le mal, je ne m’assieds pas avec les méchants.
Lorsque nous prenons en considération le premier Testament dans son ensemble, nous nous apercevons que la parole de Dieu rapporte bel et bien une haine de la part de l’homme qui semble être justifiable et acceptable devant Dieu. Il s’agit certes de celle qui s’extériorise par une aversion totale pour le mal mais aussi pour les personnes qui font le mal, notamment ceux qui se montrent hostiles à Dieu et aussi ceux qui nous font mal.
Le dépassement du discours sur la montagne, c’est que Jésus demande de transformer la haine en amour, non seulement la haine pour le mal mais aussi la haine pour nos ennemies personnelles, ceux qui nous font mal et qui nous blessent parfois très profondément. Ce qui permet cette transfiguration de la haine à l’amour, c’est le pardon.
Pas de refoulement, pas de mutilation mais transformation, transfiguration de la haine en amour par le pardon. Jésus sur la croix n’a pas fermé son cœur. Il ne s’oblige pas à l’affection pour ceux qui le maltraite mais il demande au Père de leur pardonner. Jésus, sur la croix, ne dit pas :
« Père je leur pardonne », mais « Pardonne-leur », c’est-à-dire : « Viens en moi leur pardonner, toi qui es la source de tout. »
Il faut du temps pour pardonner. L’essentiel est de vouloir se mettre en route.
Prier pour son ennemi, pour le persécuteur, c’est désirer vivre de la perfection d’amour qui est en Dieu. C’est parfois un long chemin sur lequel nous sommes invités par celui qui sur la Croix n’a pas fermé son cœur, par Celui qui a vaincu les forces de haine et de mort, par Celui qui a fait tombé au pied de la Croix toute fatalité de la violence qui entraîne la violence. Le pardon du Christ n’est pas un exemple impossible à suivre mais la source d’une liberté qui refuse d’être l’otage de la violence subie. Seul Dieu qui pardonne peut opérer cela en nous.


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous

trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à

qui frappe, on ouvrira. Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui

demande du pain ? ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ? Si donc

vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre

Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! Donc, tout ce

que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que

disent la Loi et les Prophètes. »

Apparemment tout est simple "Vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus

votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! Donc,

tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi" Le Père

exauce nos prières, donc il nous faut faire de même en faisant pour les autres tout ce que nous

voudrions qu’ils fassent pour nous. Dieu est bon, par conséquent soyons bon avec les autres, la

preuve, il exauce notre prière.

Est-ce si simple que cela ?

Est ce que notre prière est toujours exaucée ? Certes non !

Voilà ce qu’en dit saint Jérôme : « Il est sûr que Dieu donne à qui demande, que celui qui cherche

trouve, et qu’à celui qui frappe l’on ouvre : il est clair que celui qui n’a pas reçu, celui qui n’a pas

trouvé et celui à qui on n’a pas ouvert, n’a pas bien demandé, n’a pas bien cherché et n’a pas bien

frappé à la porte »

Alors ça dépend de nous, de la manière dont nous demandons, de la manière dont nous

cherchons, de la manière dont nous frappons à la porte.

Le Seigneur nous donne une clef et c’est le sens de ce que nous appelons la règle d’or.

"Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi »

La règle d’or nous simplifie la vie ! Son principe nous évite d’élaborer une longue liste de consignes

spécifiques pour favoriser des relations humaines harmonieuses. Il n’y a qu’une seule directive à

suivre : il suffit de consulter notre désir d’être aimé, reconnu, choyé par les autres. Posons nous

ces questions. ‘Quelles sont les choses que j’apprécie ? Quelles sont les choses qui

m’encouragent ? il suffit de consulter aussi ce que je n’aime pas. Quelles sont les choses que je

déteste ? Quelles sont les choses qui me démoralisent ?’ Ensuite mettons-nous à la place de

l’autre.

C’est donc une capacité de décentrement de nous-mêmes qui nous est demandée pour être

exaucé.

"Je suis incapable de me mettre à la place de l’autre, moi-même je ne sais pas qui je suis ?" Disait

une patiente de Ste Anne en grande souffrance.

Seigneur vient unifier en moi ces deux mouvements : se connaître soi-même d’une part et se

déplacer pour comprendre l’autre, d’autre part. Se mettre dans une attitude de bienveillance à la

place de l’autre après avoir fait l’expérience de la bonté de Dieu, c’est à la fois mieux se connaître,

mieux connaître l’autre et mieux connaître Dieu. N’est-ce pas demander la grâce de compassion,

condition essentielle pour bien demander, bien chercher, bien frapper à la porte ?

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 20-26)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse

pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si

quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis :

Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un

insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera

passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là,

tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant

l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour

éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en

prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »

Jésus vient accomplir la loi. C’est dire que le discours sur la montagne vise à la fois

l’enracinement dans la tradition et une nouveauté radicale. Ce dépassement est

solennellement proclamé avec autorité mais aussi sous une lumière nouvelle.

L’autorité de Jésus est de celle qui fait grandir, qui invite chacun au dépassement. Son

exigence vient de cette nouvelle lumière qui permet d’aller à la racine du mal, cette

nouvelle lumière qui vient éclairer et travailler la cause de l’acte lui- même et non les

conséquences de la faute sanctionnée par la loi. Ce déplacement est maintenant possible

car, comme dit Saint Jean, la Lumière est venue dans nos ténèbres...la grâce et la vérité

sont venues par Jésus Christ. C’est donc maintenant possible.

Que nous demande le Christ en fondement de la loi nouvelle ?

Ne pas se mettre en colère, tout d’abord. La colère vient du cœur. Comment ne pas se

laisser déborder par la colère ? Souvent elle s’impose et ne prévient pas. Jésus m’avertit,

c’est là qu’il faut agir, c’est là que se joue l’exercice de ma liberté.Tout ce qui est mis au

jour devient lumière, dit Saint Paul.

Nommer, exposer ma colère à la lumière est un vrai travail, travail sur soi et acte de foi,

travail à remettre sans cesse sur le métier. Peut-être, n’aurais-je pas alors à passer à

l’étape suivante, celle des lèvres ?

La deuxième recommandation de Jésus, c’est ne pas verser dans l’insulte. C’est aussi un

deuxième lieu où travail sur soi et accueil de la grâce collaborent pour freiner, attaquer,

éradiquer le mal.

Et le troisième lieu est celui qui vient quand l’insulte n’a pu être retenue et qu’elle risque

d’appeler une riposte qui enchaîne alors tout un processus de violence entraînant la

violence.

Éradiquer la violence, là même où elle prend naissance est maintenant possible dans

cette synergie de l’amour de Dieu qui vient au secours de notre pauvre amour et pour cela

il nous faut consentir à la conversion profonde du cœur, des lèvres et de l’intention.

Cela est si vrai aux yeux de Jésus que, même la prière, même l’offrande à l’autel, même

l’adoration liturgique au cœur du temple, passent après cette priorité absolue de l´amour.

« Va d’abord te réconcilier avec ton frère ! » (Mt 5,24).