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La miséricorde, clé de la vie chrétienne

Regard de Jacques Gauthier sur l’ouvrage du cardinal Walter Kasper, "La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile", livre de chevet d’un certain Jorge Bergoglio pendant le conclave de 2015...

Cardinal Walter Kasper, La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile. Clé de la vie chrétienne. Éditions des Béatitudes, 2015, 215 pages.

Le pape François avait surpris tout le monde en décrétant une Année sainte de la miséricorde. La miséricorde est au cœur de sa vie, de sa vision de l’Église en lien avec le monde, de son projet de réforme du Vatican. Il en a fait sa devise épiscopale, qu’on peut traduire ainsi : « Choisi parce que miséricordié ». Il l’étend à toute l’Église par cette devise de l’Année Sainte : « Miséricordieux comme le Père », que l’on retrouve dans la bulle d’indiction de l’Année Sainte Le visage de la miséricorde, à relire et méditer.

François a publié également un livre d’entretiens avec son ami journaliste italien, Andrea Tornielli, Le nom de Dieu est miséricorde, que l’on présente comme un guide d’interprétation du Jubilé et une relecture de son pontificat.

Je veux surtout parler d’un autre livre, celui du cardinal Kasper, traduit en français aux éditions des Béatitudes en 2015 : La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile. Clé de la vie chrétienne. Le cardinal Bergoglio l’a lu durant le conclave, avant d’être élu pape. Il le mentionne lors de son premier angélus, place Saint-Pierre, le 17 mars 2013. En voici un large extrait, car nous reconnaissons dès le début le style direct de François et sa conviction profonde que la miséricorde change le monde.

« En ce cinquième dimanche de Carême, l’Évangile nous présente l’épisode de la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11), que Jésus sauve de la condamnation à mort. On est frappé par l’attitude de Jésus : nous n’entendons pas des paroles de mépris, nous n’entendons pas des paroles de condamnation, mais seulement des paroles d’amour, de miséricorde, qui invitent à la conversion. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus ! » (v. 11). Eh !, frères et sœurs, le visage de Dieu est celui d’un père miséricordieux, qui a toujours de la patience. Avez-vous pensé, vous, à la patience de Dieu, la patience qu’il a avec chacun de nous ? Telle est sa miséricorde. Il a toujours de la patience, de la patience avec nous, il nous comprend, nous attend, il ne se fatigue pas de nous pardonner si nous savons revenir à lui avec le cœur contrit. « Grande est la miséricorde du Seigneur », dit le Psaume.

Ces derniers jours, j’ai pu lire le livre d’un cardinal — le Cardinal Kasper, un théologien de valeur, un bon théologien — sur la miséricorde. Et ce livre m’a fait beaucoup de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Il n’en est pas ainsi ! Mais il m’a fait beaucoup de bien, beaucoup de bien... Le Cardinal Kasper disait que ressentir la miséricorde, ce mot change tout. C’est ce que nous pouvons ressentir de mieux : cela change le monde. Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Nous avons besoin de bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui a une telle patience... Souvenons-nous du prophète Isaïe, qui affirme que même si nos péchés étaient rouges écarlates, l’amour de Dieu les rendra blancs comme neige. C’est beau, la miséricorde ! »

Une synthèse théologique

C’était son premier angélus, et il y avait là, comme en germe, la semence du Jubilé de la miséricorde. L’ouvrage de Kasper a inspiré François, ça se voit dans la bulle d’indiction. Le cardinal allemand nous offre une remarquable synthèse théologique sur ce thème méconnu de la miséricorde. Ce n’est pas toujours facile à lire, car le cardinal ratisse large, mais ça en vaut la peine. Voici le résumé de cet ouvrage qui se base sur les notes d’un cycle de conférences que le cardinal donnait pour une retraite.

Dès le début, le cardinal Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, constate que la miséricorde de Dieu est presque totalement absente des manuels de théologie systématique, contrairement à la spiritualité et à la mystique chrétiennes. Il dépasse la séparation entre la théologie académique et la théologie spirituelle en proposant des réflexions pastorales, mystiques et sociales qu’il relie à une culture de la miséricorde. Ainsi se côtoient, à côté de philosophes et théologiens connus, des figures spirituelles comme saint Bernard, Thérèse de Lisieux, sœur Faustine, mère Teresa, et bien d’autres..

L’auteur montre que la miséricorde est l’expression même de l’essence divine. C’est la réponse de Dieu face au chaos et au péché. Il est celui qui est là pour nous aimer, nous pardonner : « L’Être de Dieu est Être là pour et avec son peuple » (p. 55). Le Tout-Autre est le Tout-Proche qui reste un Dieu caché. Il montre sa sainteté par sa compassion et sa miséricorde, surtout envers les pauvres. Cette miséricorde apparaît pleinement dans l’incarnation du Fils et dans sa passion. Tout le message de Jésus dévoile la compassion et la miséricorde du Père. « La miséricorde qui est débordement de l’amour de Dieu est donc le résumé de l’Évangile » (p. 86).

Dans des réflexions plus systématiques et exigeantes, l’auteur montre que la miséricorde est l’attribut fondamental de Dieu, le miroir de la Trinité, l’origine et le but des voies divines. Dieu veut sauver l’humanité, le cœur de Jésus en est le signe par excellence. Comme l’exprime si bien Bonaventure : « À travers la plaie visible nous voyons la plaie de l’amour invisible » (p. 117).

Heureux les miséricordieux

« Heureux les miséricordieux », disait Jésus, car ils obtiendront miséricorde. Ils imitent Dieu qui n’est qu’amour. Cette béatitude implique le pardon mutuel et l’amour des ennemis. Ce qui amène l’auteur à parler des œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, que l’on retrouve au no 15 de la bulle d’indiction. J’en ai déjà parlé dans un article de mon blogue : L’Année sainte et les œuvres de miséricorde.

Le cardinal Kasper aborde ensuite l’Église comme sacrement de la miséricorde qui a pour mission de l’annoncer à tous, de la prodiguer dans le sacrement de la réconciliation et de la faire apparaître par toute sa vie en étant moins dure et sévère. François en donne un exemple éloquent, après Jean-Paul II et Benoît XVI. La miséricorde devient le cœur de la nouvelle évangélisation, le socle d’une civilisation de l’amour, abordée au chapitre dix sur la doctrine sociale de l’Église.

Le dernier chapitre est consacré à Marie, mère de miséricorde, celle qui défait le nœud qu’Ève avait lié, selon l’expression de saint Irénée. En elle, la miséricorde divine éclate dans toute sa splendeur. Elle est le signe que le péché n’a pu déjouer le plan de salut de Dieu pour l’humanité. En elle, justice et miséricorde s’embrassent, à la suite du Christ. Avec de tels guides, nous pouvons être "miséricordieux comme le Père".

En complément, un livre sur la miséricorde en action : Jésus raconté par ses proches (Parole et Silence / Novalis).
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