92 rue Saint-Denis, 75001 Paris

Accueil > ACTUALITES DE L’EGLISE > MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS

NOËL 2015

Vendredi 25 décembre 2015

Chers frères et sœurs, joyeux Noël !

Christ est né pour nous, exultons en ce jour de notre salut !

Ouvrons nos cœurs pour recevoir la grâce de ce jour, qu’il est lui-même : Jésus est le “ jour ” lumineux qui est apparu à l’horizon de l’humanité. Jour de miséricorde, dans lequel Dieu le Père a révélé à l’humanité son immense tendresse. Jour de lumière qui dissipe les ténèbres de la peur et de l’angoisse. Jour de paix, où il devient possible de se rencontrer, de dialoguer, et surtout de se réconcilier. Jour de joie : une « grande joie » pour les petits et les humbles, et pour tout le peuple (cf. Lc 2, 10).

En ce jour, de la Vierge Marie, est né Jésus, le Sauveur. La crèche nous fait voir le « signe » que Dieu nous a donné : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Comme les bergers de Bethléem, nous aussi allons voir ce signe, cet événement qui se renouvelle dans l’Église chaque année. Noël est un événement qui se renouvelle dans chaque famille, dans chaque paroisse, dans chaque communauté qui accueille l’amour de Dieu incarné en Jésus Christ. Comme Marie, l’Église montre à tous le « signe » de Dieu : l’Enfant qu’elle a porté dans son sein et a enfanté, mais qui est le Fils du Très-Haut, parce que « il vient de l’Esprit Saint » (Mt 1, 20). C’est pourquoi il est le Sauveur, parce qu’il est l’Agneau de Dieu qui prend sur lui le péché du monde (cf. Jn 1, 29). Avec les bergers, prosternons-nous devant l’Agneau, adorons la Bonté de Dieu faite chair, et laissons des larmes de repentir remplir nos yeux et laver notre cœur. Nous en avons tous besoin.

Lui seul, Lui seul peut nous sauver. Seule la Miséricorde de Dieu peut libérer l’humanité de nombreuses de formes de mal, parfois monstrueux, que l’égoïsme engendre en elle. La grâce de Dieu peut convertir les cœurs et ouvrir des voies de sortie de situations humainement insolubles.

Là où naît Dieu, naît l’espérance : Lui apporte l’espérance. Là où naît Dieu, naît la paix. Et là où naît la paix, il n’y a plus de place pour la haine et pour la guerre. Pourtant même là où est venu au monde le Fils de Dieu fait chair, des tensions et des violences continuent et la paix reste un don à invoquer et à construire. Qu’Israéliens et Palestiniens puissent reprendre un dialogue direct et arriver à une entente qui permette aux deux peuples de vivre en harmonie, dépassant un conflit qui les a longuement opposés, avec de graves répercussions sur toute la région.

Au Seigneur, nous demandons que l’entente intervenue au sein des Nations Unies parvienne le plus tôt possible à faire taire le vacarme des armes en Syrie et à remédier à la très grave situation humanitaire de la population épuisée. Il est aussi urgent que l’accord sur la Libye obtienne le soutien de tous, afin que soient dépassées les graves divisions et les violences qui affligent le pays. Que l’attention de la Communauté internationale soit unanimement dirigée à faire cesser les atrocités qui, aussi bien dans ces pays qu’en Irak, au Yémen et dans l’Afrique subsaharienne, fauchent encore de nombreuses victimes, causent d’effroyables souffrances et n’épargnent pas non plus le patrimoine historique et culturel de peuples entiers. Ma pensée va aussi à tous ceux qui ont été touchés par d’atroces actions terroristes, particulièrement par les récents attentats survenus sous les cieux d’Égypte, à Beyrouth, Paris, Bamako et Tunis.

À nos frères, persécutés dans de nombreuses parties du monde à cause de la foi, que l’Enfant-Jésus donne consolation et force. Ce sont nos martyrs d’aujourd’hui.

Nous demandons paix et concorde pour les chères populations de la République démocratique du Congo, du Burundi et du Sud Soudan afin que, par le dialogue, se renforce l’engagement commun pour l’édification de sociétés civiles animées d’un esprit sincère de réconciliation et de compréhension réciproque.

Que Noël apporte aussi une paix véritable à l’Ukraine, offre soulagement à ceux qui subissent les conséquences du conflit et inspire la volonté de porter à leur achèvement les accords pris, pour rétablir la concorde dans le pays tout entier.

Que la joie de ce jour illumine les efforts du peuple colombien pour que, animé par l’espérance, il continue avec ardeur à poursuivre la paix désirée.

Là où naît Dieu, naît l’espérance ; et là où naît l’espérance, les personnes retrouvent la dignité. Pourtant, encore aujourd’hui de nombreux hommes et femmes sont privés de leur dignité humaine et, comme l’Enfant-Jésus, souffrent du froid, de la pauvreté et du refus des hommes. Que notre proximité rejoigne aujourd’hui ceux qui sont le plus sans défense, surtout les enfants-soldats, les femmes qui subissent des violences, les victimes de la traite des personnes et du narcotrafic.

Que notre réconfort ne manque pas à tous ceux qui fuient la misère ou la guerre, voyageant dans des conditions trop souvent inhumaines et risquant souvent leur vie. Que soient récompensés avec d’abondantes bénédictions tous ceux qui, simples personnes et États, s’emploient avec générosité à secourir et à accueillir les nombreux migrants et réfugiés, les aidant à construire un avenir digne pour eux et pour leurs proches et à s’intégrer à l’intérieur des sociétés qui les reçoivent.

En ce jour de fête, que le Seigneur redonne espérance à tous ceux qui n’ont pas de travail - et ils sont nombreux –, et soutienne l’engagement de tous ceux qui ont des responsabilités publiques dans le domaine politique et économique pour qu’ils mettent tout en œuvre afin de poursuivre le bien commun et protéger la dignité de toute vie humaine.

Là où naît Dieu, fleurit la miséricorde. Elle est le don le plus précieux que Dieu nous fait, particulièrement en cette année jubilaire, durant laquelle nous sommes appelés à découvrir la tendresse que Notre Père céleste a envers chacun de nous. Que le Seigneur donne particulièrement aux détenus d’expérimenter son amour miséricordieux qui soigne les blessures et vainc le mal.

Et ainsi aujourd’hui ensemble, exultons dans le jour de notre salut. En contemplant la crèche, fixons notre regard sur les bras ouverts de Jésus qui nous montrent l’étreinte miséricordieuse de Dieu, tandis que nous écoutons les vagissements de l’Enfant qui nous susurre : « À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : “ Paix sur toi ! ” » (Ps 121 [122], 8).

Souhaits de Noël après le Message Urbi et Orbi

A vous, frères et sœurs, venus de toutes les parties du monde sur cette place, et à toutes les personnes de divers pays qui êtes reliées par la radio, la télévision et les autres moyens de communication, j’adresse mes vœux les plus cordiaux.

C’est le Noël de l’Année sainte de la Miséricorde, aussi je vous souhaite à tous de pouvoir accueillir dans votre vie la miséricorde de Dieu, que Jésus Christ nous a donnée, pour être miséricordieux avec nos frères. Ainsi nous ferons grandir la paix !

Joyeux Noël !


HOMÉLIE DU CARDINAL ANDRÉ VINGT-TROIS - MESSE DE MINUIT - NOËL 2015

Cathédrale Notre-Dame de Paris

Homélie du cardinal André Vingt-Trois
Is 9,1-6 ; Ps 95 ; Tt 2,11-14 ; Lc 2,1-14

Frères et Sœurs dans le Christ,

Peut-on se laisser emporter par la joie de Noël dans les temps que nous vivons ? Sommes-nous victimes d’une naïveté inconsciente ou d’une illusion qui nous permettrait d’oublier, au moins pendant quelques instants, la réalité de l’histoire humaine, ses contraintes, ses violences, sa cruauté ? Vivre ce Noël 2015 à peine quelques semaines après les attentats qui ont ensanglanté notre ville et causé tant de blessures physiques et morales nous accule forcément à nous poser ces questions. Pire encore, faut-il nous laisser circonvenir par les théoriciens de l’athéisme qui imputent aux religions, et spécialement aux monothéismes, la violence qui traverse toute l’histoire de l’humanité ?

1. « La grâce de Dieu s’est manifestée. »

La naissance de Jésus dans la nuit de Bethléem adresse à l’humanité un message d’espérance. Une lumière s’est levée dans la nuit. Mais quelle est donc cette espérance ? C’est la reconnaissance du fait qui nous est rapporté par l’évangile que nous avons entendu : Dieu a visité son peuple. La grande diversité des religions, à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés, nous interdit d’éviter une question : à quel Dieu croyons-nous ?

Pour ceux qui ne croient pas, l’histoire de la naissance de Jésus dans l’insécurité de la nuit de Bethléem peut provoquer un certain attendrissement ou susciter une interprétation politique sur les injustices de notre société. Mais la foi chrétienne nous invite à aller plus loin. Elle nous demande de reconnaître dans cet enfant la réalité de Dieu lui-même. En cela, la foi chrétienne n’est assimilable à aucune autre quand elle affirme que Dieu se fait homme. Notre célébration de la Nativité n’est donc pas simplement un souvenir ému de la naissance de Jésus. Elle est une profession de foi sur le Dieu auquel nous croyons.

Nous croyons que Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde et de lancer l’histoire humaine sans plus se mêler de rien. Il est continuellement à l’œuvre dans l’histoire des hommes. Il est le Dieu proche de nous, le Dieu qui se fait proche de l’humanité en risque de perdre la vie, comme nous le présente la parabole du Bon Samaritain. Il est le Dieu qui veut la vie et le bonheur des hommes au point de prendre sur lui les pesanteurs et les drames de l’existence humaine. Il n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants.

À la lumière de cette révélation de la présence de Dieu à l’humanité, nous comprenons ce que veut dire le Pape François quand il dénonce, en les accusant de blasphème, ceux qui sèment la mort au nom de Dieu. Cette participation de Dieu à la réalité humaine nous aide à comprendre comment la tradition chrétienne a pu susciter une conception de l’être humain d’une exigence extrême. Comment promouvoir le respect absolu de toute personne humaine sans nous appuyer sur cette certitude que toute personne, quel que soit son état physique ou mental, est liée indissolublement à la réalité de Dieu ?

Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu sans communication avec les hommes. Il n’est pas simplement le juge ultime de leurs actions. Il n’est pas le moloch qui exige d’eux des sacrifices sanglants. Il est celui qui nous a tant aimés qu’il a envoyé son Fils, son unique, pour que nous croyons et que nous soyons sauvés. (cf. Jn 3). C’est lui-même qui s’est offert en sacrifice.

2. L’espérance chrétienne.

Notre certitude que l’humanité n’est pas abandonnée aux aléas des événements et ballotée sans indication ni boussole nous permet d’affronter les vicissitudes de l’existence sans être écrasés par ce qui arrive. Nous ne vivons pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance et qui ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Nous savons que notre humanité est précieuse aux yeux de Dieu. En la personne de Jésus, Dieu nous envoie un sauveur comme l’ange l’annonce aux bergers.

Notre foi en la promesse de Dieu se vérifie par la naissance du Messie et s’approfondit et se fortifie par la connaissance de la vie de Jésus et par les signes qu’il a donnés que le règne de Dieu est proche. Par son enseignement et son action, il a manifesté la réalité du salut jusque dans le don de sa propre vie pour que nous « ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude. »

Le récit de l’évangile de la Nativité, comme toute la vie de Jésus de Nazareth, met sous nos yeux la condition nécessaire pour que nous entendions ce message d’espérance. Cette condition, c’est la pauvreté. Quiconque est comblé par des richesses ne cherche et n’attend rien. Quiconque est convaincu d’être juste par lui-même n’a pas besoin de sauveur. Seuls ceux qui éprouvent les manques de leur existence, -qu’il s’agisse de manques matériels ou d’inquiétudes morales ou spirituelles-, seuls ceux-là sont vraiment dans l’attente et le désir d’être secourus.

Rappelons-nous les paroles de Jésus dans l’évangile : « L’Esprit du Seigneur m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. » (Luc, 4,18) et : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Luc 9,21). Cette expérience de la pauvreté peut nous être imposée par les circonstances de la vie. Elle peut aussi être le fruit de notre lucidité sur nos faiblesses et de notre confiance en celui qui est venu sauver ce qui était perdu.

Mais notre véritable conversion, pour laquelle nous devons prier cette nuit, c’est d’accepter de reconnaître le sauveur dans le signe que Dieu a donné aux bergers, comme il nous le donne à nous : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Quel déplacement nous devons opérer pour reconnaître le sauveur tout-puissant dans la réalité de la faiblesse et de la dépendance totale du bébé nouveau-né !

3. L’année de la miséricorde.

Le Christ nous appelle à « vivre dans le temps présent de manière raisonnable et juste », à devenir « un peuple ardent à faire le bien ». Frères et Sœurs, ne nous laissons pas entraîner dans la violence si répandue dans notre société. Nous souffrons de la violence des attentats, mais soyons attentifs à ne pas devenir nous-mêmes des agents de violence. Dans notre vie sociale, en famille, dans notre travail, dans nos loisirs, dans nos relations, ne cédons pas à la tentation de relations polémiques entretenues par des présentations médiatiques excessives. Devenons des artisans de paix et de réconciliation. En ce temps de Noël, pourquoi ne pas chercher avec quelle personne vous pourriez faire la paix ?

Notre célébration de cette année est évidemment marquée par l’appel du Pape François à vivre une année jubilaire : l’année la miséricorde. C’est une joie de mieux prendre conscience de la miséricorde de Dieu et quand pourrions-nous mieux le faire que dans la fête de la Nativité lorsque Dieu nous dévoile à quel point il a aimé le monde et jusqu’où il va pour apporter aux hommes le salut ?

Au moment où nous contemplons le Christ dans sa pauvreté, Dieu nous donne la possibilité d’être touchés par l’amour qu’il nous manifeste, de mesurer combien nous répondons faiblement à cet amour. Comme les auditeurs de Jean-Baptiste, comme les auditeurs de Pierre à la Pentecôte, nous sommes assez ébranlés par tant d’amour que nous pouvons dire : « Que nous faut-il donc faire ? » Et nous devons accueillir la réponse qui nous appelle à la conversion du cœur et à la réception du pardon. Entendons la parole du Pape François : « À quoi bon ouvrir des portes saintes dans les basiliques si nous gardons fermées les portes de nos cœurs ? »

Le pardon que nous pouvons recevoir par le sacrement de la Réconciliation est le premier pas pour mener une vie renouvelée en accomplissant les œuvres de la miséricorde : vivre pratiquement la charité dans nos relations habituelles et aller au secours des pauvres et des démunis.

En fêtant celui qui n’avait pas trouvé de place à l’hôtellerie de Bethléem, pensons à ceux qui ne trouvent pas leur place dans notre société, à ceux qui n’ont plus leur place dans leur pays, à ceux que nous voudrions ne pas voir chez nous où ils sont aussi chez eux.

Que Dieu vous comble de la joie de sa venue en notre chair. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris