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Le songe de saint Joseph par Georges de la Tour

Au moment de l’Annonciation, la Vierge est fiancée à Joseph. Apprenant qu’elle est enceinte, ce dernier décide de la répudier en toute discrétion. Mais avant que ce projet se dessine réellement, un ange lui apparaît en songe. C’est cet instant qu’a représenté Georges de la Tour dans une toile énigmatique réalisée dans la 1ère moitié du XVIIe siècle.

GEORGES DE LA TOUR, LE SONGE DE SAINT JOSEPH, 1ÈRE MOITIÉ DU XVIIE SIÈCLE, HUILE SUR TOILE, HAUTEUR : 0.930 M - LONGUEUR : 0.810 M, NANTES, MUSÉE DES BEAUX-ARTS © RMN / GÉRARD BLOT
Un enfant et un vieillard sont séparés par une table. Sur la table, un chandelier de cuivre porte des ciseaux à moucher ou mouchettes, destinés à couper la chandelle et munis d’une petite case qui recueille la mèche carbonisée. L’ombre des ciseaux est nettement dessinée sur la droite. L’enfant surgit de la nuit. Il se tient debout, la main gauche ouverte vers le ciel dans un geste d’une grâce exceptionnelle. Son bras droit est tendu vers le vieillard mais sa main ne le touche pas encore tout à fait. On ne sait si c’est un garçon ou une fille. Son bras tendu cache la flamme de la chandelle.

Le vieillard, accoudé à la table, la tête dans la main droite, s’est endormi, un livre ouvert sur les genoux. Il porte une longue robe brune coupée sur la poitrine par une ceinture rouge. Sa main gauche semble encore feuilleter le livre dont une page se soulève comme si elle allait tourner d’elle-même. Le sujet reste mystérieux. Est-il profane ou sacré ? S’agit-il de « Samuel devant Elie » ? Mais pourquoi un livre devant Elie aveugle ? N’est-ce pas plutôt « Saint Mathieu recevant l’Evangile » ? Mais où sont la plume et l’encrier ? Ou peut-être « Saint Pierre délivré par un ange’’ ? Il n’a pas vraiment l’air en prison...

Saisis dans un instant éphémère ou un moment d’éternité, les personnages sont immobiles, en eux-mêmes.
L’interprétation retenue aujourd’hui est celle de l’apparition de l’ange à Joseph. Trois fois en songe, Joseph a reçu la visite d’un ange qui lui ordonne, la première fois, d’épouser Marie, la deuxième de fuir en Egypte, et la troisième, de revenir dans son pays, après la mort d’Hérode... Mais on n’a pas souvent représenté Joseph lisant...

Le visage de saint Joseph est traité avec un grand réalisme. Les rides du front, des paupières, du cou sont comme pétries de toute son humanité. Il contraste avec le profil pur, élégant et presque lisse de l’ange lumière.

Symbole de la lumière divine, que l’on ne peut regarder en face, la flamme de la chandelle est cachée derrière la manche de l’enfant, en contre-jour.

Saisis dans un instant éphémère ou un moment d’éternité, les personnages sont immobiles, en eux-mêmes. Et le spectateur se tait aussi, comme si Georges de La Tour avait réussi, là, à peindre le silence.