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La Sainte Trinité : un sacré mystère… ou un mystère sacré ?

Le dimanche qui suit la fête de la Pentecôte est celui de la Sainte Trinité. L’occasion de méditer sur le mystère central de notre foi. Comment un Dieu unique peut-il être trois personnes ? Tentative d’approche.

La Trinité n’est pas un triumvirat !

La Trinité est un cantique à trois voix

Les personnes divines sont inséparables dans ce qu’elles sont et dans ce qu’elles font

Précisons d’abord que le mystère n’est pas un mur sur lequel se brise notre intelligence, mais une porte qui s’ouvre devant elle, vers des horizons infinis. Il n’est pas quelque chose que Dieu nous cache (selon le sens courant de l’adjectif « mystérieux »). C’est au contraire quelque chose que Dieu révèle. Le mystère est supra-rationnel, il n’est pas irrationnel.

La Trinité n’est pas un triumvirat !

Au fond, la Trinité, c’est (presque :-)) simple – c’est notre esprit qui est compliqué : il fonctionne de façon dialectique, par opposition. Notre pensée n’est pas assez contemplative, unitive. La Trinité n’est pas un triumvirat : ce ne sont pas trois Personnes qui auraient chacune leur intelligence et leur volonté et qui se mettraient d’accord sur un certain nombre de décisions à prendre. Elles ont en commun une seule intelligence, une seule volonté, une seule activité.

Quand on lit l’Évangile, surtout celui de Jean, on découvre qu’entre Jésus et celui qu’il appelle son Père il y a une relation extraordinaire. Le Père est réellement Autre. Pourtant il ne fait pas nombre : « Le Père et moi, nous sommes un. » Quand Jésus dit « Tout ce que le Père a est à moi », il fait écho à la parole de son baptême et de la Transfiguration : « Mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour. »

De même l’Esprit Saint, le Paraclet, n’ajoute rien, ni ne s’ajoute lui-même. Jésus le dit bien aux Apôtres : « Ce que (l’Esprit de vérité) dira ne viendra pas de lui-même. (…) L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » (Jean 14, 16).

Les Personnes divines sont égales et ne font qu’un, parce qu’elles possèdent la même et unique Plénitude de l’Être divin.

Nous ne sommes donc pas des polythéistes. Nous croyons en un seul Dieu en trois Personnes. C’est pourquoi nous nous signons en disant : « Au nom (et non pas aux noms) du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ».

Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes : la Trinité consubstantielle. Les personnes divines ne partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elle est Dieu tout entier. CEC 253
La Trinité est un cantique à trois voix

Ainsi, le Dieu Unique, tel que Jésus le Christ nous le révèle, n’est pas une glaciale et hautaine Solitude. « Dieu est Amour »… et cet amour ne consiste ni dans l’enfermement d’une plénitude sur elle-même, ni dans l’égoïsme d’une satisfaction mutuelle à deux, mais dans une circulation éternelle de vie entre les trois personnes divines.

Nous sommes invités à contempler en Dieu un dialogue ineffable, un cantique à trois voix, où chaque Personne est don très pur et accueil sans rivage, dans une parfaite communion.

Ce mouvement immobile, les théologiens l’appelleront la circumincession. À la réflexion, ils préciseront que les Personnes divines ne se distinguent que par leurs relations, puisque tout le reste leur est commun : le Père ne cesse d’engendrer, d’aimer et d’admirer un Fils qui ne cesse en retour d’aimer et d’admirer son Père. Et le va-et-vient d’amour entre le Père et le Fils, c’est l’Esprit Saint.

Dieu est unique mais non pas solitaire. “Père”, “Fils”, “Esprit Saint” ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux (…) par leurs relations d’origine : c’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède. CEC 254

Peut-on être chrétien sans croire à la Sainte Trinité ?

Le mystère de la Sainte Trinité est le mystère central de la foi chrétienne. Ce n’est pas une option pour quelques-uns qui seraient plus « intellos » que d’autres !

En effet, c’est le mystère de Dieu lui-même : nous croyons en un Dieu qui est amour. Cela veut dire qu’il n’est ni solitaire (l’amour se partage), ni divisé (pas d’amour là où règne la division !). Il est donc forcément communion parfaite entre plusieurs personnes. Jésus nous révèle qu’elles sont trois : « lui, le Fils, nous a fait connaître le Père qui est aux Cieux, et nous a donné l’Esprit Saint, l’amour du Père et du Fils » (Benoît XVI, 22 mai 2005).

Il révèle pleinement ce qui, dans l’Ancien Testament, était encore voilé – bien que présent : ainsi, l’Esprit Saint est cité dès la première page de la Bible (« l’Esprit de Dieu planait sur les eaux ») et Dieu n’a pas dit « Je fais l’homme à mon image » mais : « Faisons l’homme à notre image »…

Le mystère de la Sainte Trinité est la source de tous les autres mystères de la foi et les illumine : « Toute l’histoire du Salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché » (CEC 234).

Les personnes divines sont inséparables dans ce qu’elles sont et dans ce qu’elles font [1]

Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles font. Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle (CEC n° 257 et 267) :

• Dieu le Père est la première personne de la Trinité. Il est absolument sans origine. On l’appelle « Père » parce qu’il est à la fois origine première de tout – il a créé l’Univers puis il a créé l’homme à son image –, et en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Ainsi, quand l’homme a perdu la communion de son amour, il a formé le dessein de l’attirer à lui.

Il se révèle à Israël comme l’unique Dieu et, au temps marqué, il envoie son Fils unique en qui il révèle l’infini d’un amour allant jusqu’à la Croix. Jésus a révélé que Dieu est « Père » dans un sens inouï : il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, il est éternellement Père en relation à son Fils.

En Jésus, il nous appelle à partager sa sainteté jusqu’à lui ressembler parfaitement dans le Royaume.

• Dieu le Fils est totalement tourné vers son Père. Il est incréé, éternel, également Dieu ; mais sans commencement et éternellement, il est engendré par le Père. Il est image parfaite du Père. Saint Jean le nomme « Verbe de Dieu » : la Parole de Dieu faite chair, cette même Parole qui dans la Genèse émane de celui qui la prononce et fait exister ce qu’elle nomme.

Il est à la fois celui qui accomplit l’œuvre de Dieu et celui qui le manifeste. Par son sacrifice sur la Croix, le rédempteur nous fait devenir fils adoptifs de Dieu. Il fonde l’Église avec les Apôtres qu’il a choisis.

• Dieu le Saint-Esprit est le baiser d’amour du Père et du Fils[2], comme la fécondité de leur amour : le don du Père au Fils et du Fils au Père s’ouvre sur un troisième terme qui fait leur unité dans le respect total de leur distinction.

« Parler du Saint-Esprit est chose difficile car c’est en lui que nous parlons de Dieu, c’est lui la lumière qui nous permet de voir le Christ comme une icône du Père ; mais lui-même reste le grand discret dans le mystère de Dieu, il est le souffle qui pénètre tout, mais que l’on ne voit jamais[3]. »

Il n’est pas cependant une force, mais une personne, le donateur de vie : présent à la création du monde, par lui, le Verbe s’est incarné et il l’a accompagné dans sa mission et dans sa prédication.

À la Pentecôte, il est, par le Christ ressuscité, le don du Père à l’Église tout entière, jusqu’à la fin des temps, celui qui unit les hommes à Dieu, sans fusion ni barrière.

Il en est véritablement le moteur, comme en nous il est le moteur de toute prière : « Envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant “Abba !” » (Ga 4, 6).

Ainsi, de toute éternité, les trois personnes divines opèrent notre salut, chacun accomplissant sa mission suivant sa personne et l’unité inaltérable de leur amour : du Père dans le Fils par l’Esprit, comme le dit toute la liturgie.