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Pérès et Abbas au Vatican

Invités par François lors de son voyage en Terre sainte, les présidents israélien et palestinien « invoqueront la paix » pour le Proche-Orient ensemble. Le Pape souhaite que cette célébration ait « un impact sur l’opinion ».

Le jour se couchera, dimanche soir, sur les jardins du Vatican quand monteront vers le ciel, trois prières distinctes - juive, chrétienne, musulmane - « pour la paix » entre Israéliens et Palestiniens. Les présidents de ces deux peuples, Shimon Pérès et Mahmoud Abbas, seront alors à Rome, aux côtés du pape François. Il a voulu ce geste hors norme et inédit annoncé depuis Bethléem à la surprise de tous, le dimanche 25 mai. Bartholomée, le patriarche orthodoxe de Constantinople sera également présent.
Concrètement, François accueillera vers 18 h 30 dans la maison Sainte-Marthe où il réside, chacun des présidents. Courte entrevue, la cérémonie commencera une demi-heure plus tard en plein air, dans un triangle de verdure situé entre le chevet de la basilique Saint-Pierre et les musées du Vatican. Shimon Pérès sera assis à la droite du pape et Mahmoud Abbas à sa gauche.
Il y aura alors trois « prières pour la paix » successives avec des textes liés à chacune des traditions qui seront lus par des hommes de religion. Juive et en hébreu tout d’abord, avec une prière à « la création », suivie d’une « prière de demande de pardon », puis d’une « prière pour la paix ». Chrétienne ensuite selon le même déroulé, avec notamment « un texte de saint Jean-Paul II » mais en anglais, italien et arabe. Musulmane enfin, avec des textes tirés cette fois du Coran et non plus de la Bible, et prononcés en arabe.
« On ne prie pas ensemble, mais on est ensemble pour prier »

Le Pape prendra ensuite la parole et conclura par une « invocation pour la paix ». Ce que feront également successivement les deux présidents, Pérès et Abbas. Tous poseront enfin un « geste de paix », probablement en se serrant la main. Et chacun plantera un olivier, symbole de paix, qui commémorera, à l’avenir, ce moment historique. Une fois cette cérémonie publique terminée, les trois personnalités se réuniront à huis clos dans la Casina Pio IV, un magnifique petit bâtiment du XVIe siècle qui abrite l’Académie pontificale des sciences. L’ensemble devrait se terminer vers 20 h 30.
En présentant cet événement, vendredi à Rome, le père franciscain Pierbattista Pizzaballa, cheville ouvrière du projet en tant que custode (responsable des intérêts de l’Église catholique romaine) de Terre sainte, en poste à Jérusalem, a pris toutes les précautions du monde pour expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une prière commune - « on ne prie pas ensemble, mais on est ensemble pour prier ». Le lieu lui-même, extérieur, a été choisi par souci de « neutralité » religieuse.
« Une pause pour regarder de plus haut ce processus »

Ce sera encore moins un « acte politique » car « le Pape ne veut pas entrer dans les négociations politiques, mais inviter chacun à faire une pause pour regarder de plus haut ce processus » a insisté ce franciscain italien à qui le Pape a confié l’organisation de la rencontre. Il a d’ailleurs souligné qu’« aucun membre de gouvernement », sinon le proche entourage des présidents, ne serait présent et que les délégations seraient composées de personnalités civiles. Donc, issues des trois religions et même druze côté israélien ; chrétiens et musulmans, côté palestinien. « Nous marquons une pause dans la négociation a-t-il martelé, nous mettons la politique dehors. »
De même, a insisté ce religieux, en réponse aux « sceptiques », personne ne doit s’attendre à un « résultat » tangible tant « ceux qui connaissent les dossiers savent la difficulté », mais l’intention du Pape, selon lui, vise à « raviver par ce geste fort le désir de paix qui existe au sein des populations qui sont fatiguées du conflit afin de rouvrir une voie pour croire à nouveau que la paix est possible ».
En fait, a-t-il conclu, François attend un « impact sur l’opinion ». Y compris internationale.
Le casse-tête d’une prière entre religions

L’initiative de François, un soir de dimanche de Pentecôte, fait déjà débat dans certains milieux religieux car elle pose une nouvelle fois la question de la prière entre religions.

Dans un geste historique et inédit, le pape François a réuni dimanche dans les jardins du Vatican les présidents israélien Shimon Peres et palestinien Mahmoud Abbas pour "une invocation pour la paix" dans le Proche-Orient profondément divisé. Même si aucun fruit immédiat n’est attendu pour relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, les deux présidents ont semblé heureux de se retrouver en présence du pape François à la résidence Sainte-Marthe. Ils sont apparus détendus quand ils sont montés avec lui et le patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée, dans un minibus blanc pour rejoindre le lieu de la rencontre, situé dans les jardins, près des musées du Vatican.

Assis côte à côte, devant leurs délégations alignées sur chaque côté de la pelouse, ils ont suivi, très recueillis, les prières psalmodiées en hébreu par des rabbins, accompagnées par un orchestre de cordes qui jouait divers airs, notamment le célèbre air juif invitant à la paix "Shalom Aleichem". Des psaumes du roi David, une prière de repentir du Yom Kippour et une prière d’un rabbin ukrainien Nahman de Breslavia, datant du début du XIXe siècle, ont eu lieu au coucher du soleil, à l’abri de haies de lauriers.

Puis, dans un ordre respectant la chronologie des trois religions, ce fut le tour des représentants des chrétiens, qui, commençant par Bartholomée, se sont exprimés en anglais, en italien et en arabe. Ils ont notamment lu une prière de saint François d’Assise et un texte de Jean-Paul II sur la repentance "pour les mots et attitudes causées par la haine, l’orgueil, le désir de dominer les autres". Avant de nouveaux intermèdes musicaux. Les musulmans ont prié sur les mêmes thèmes, en arabe : "Oh Seigneur, apporte la paix au pays de la paix (...) et abolis l’injustice contre les opprimés de cette terre", affirmait une des prières.

"La prière peut tout"

Il avait été prévu que les trois religions prieraient tour à tour et chacune sur trois thèmes choisis en commun : celui de la "création" qui les rend tous frères, celui de la "demande de pardon" et enfin celui de "l’invocation pour la paix". Des thèmes qui se retrouvent dans les trois "religions du Livre". Réaliste quant aux fortes tensions entre Palestiniens et Israéliens, le pape avait prévenu que ce n’était nullement une "médiation", ce qui serait "une folie". Les efforts de paix sur le terrain sont dans l’impasse, comme l’ont reconnu Shimon Peres et Mahmoud Abbas.

Dans un tweet samedi, le pape avait exprimé son voeu : "La prière peut tout. Utilisons-la pour porter la paix au Moyen-Orient et dans le monde entier." À des dizaines de milliers de fidèles dimanche sur la place Saint-Pierre, il a demandé de s’associer à cette "supplique" par leur prière.

Le Vatican a défini la rencontre comme une "invocation pour la paix" pour éviter qu’elle soit assimilée à une "prière interreligieuse" posant des problèmes inextricables aux trois religions. Les deux présidents et le pape devaient ensuite lancer chacun leur "invocation pour la paix".

Une rencontre à huis clos

Après une rencontre à huis clos à la Casina Pie IV, un pavillon tout proche, les deux présidents quitteront le Vatican. Le Saint-Siège entend proposer "une pause dans la politique". "Personne n’a l’illusion que dès lundi la paix s’imposera. Cette respiration était souhaitée", avait expliqué le père Pizzaballa. L’événement est sans précédent au Vatican. L’invocation s’est déroulée avec "la participation spirituelle" du pape émérite Benoît XVI, retiré au Vatican, a-t-on indiqué.

Plusieurs écueils étaient à éviter. La date était complexe : ni un vendredi, jour férié musulman, ni un samedi, shabbat pour les Juifs. Un lieu neutre devait enfin être trouvé. Toute salle porteuse de fresques chrétiennes était proscrite et il fallait éviter que la prière soit dirigée vers l’est, direction de La Mecque. D’où le choix des jardins.

Toute surprise et tout propos offensant dans les textes prononcés devaient aussi être évités. "Chaque délégation a choisi ses textes. Il y a une transparence absolue dans les prières, et pas de surprises attendues", avaient assuré les organisateurs.