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Pourquoi les hommes ont-ils besoin du baptême ?

Le jour de notre baptême, nous sommes sauvés par le Christ du péché. Tout homme en venant au monde est en effet marqué par le péché et le mystère du mal à l’œuvre dans le monde : il a besoin d’en être libéré pour vivre pleinement une intimité confiante et filiale avec Dieu.


Pourquoi le mal ?

Nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre à une situation de souffrance qui nous scandalise. Alors, la question terrible se pose : pourquoi le mal ? D’où vient-il, si Dieu a créé l’humanité à son image ?

La question est d’autant plus complexe qu’elle ne nous est pas étrangère. Si nous sommes parfois victimes du mal commis par d’autres, nous en sommes aussi les auteurs quand nous faisons souffrir les autres.

L’expérience la plus terrible est de nous rendre compte que nous n’arrivons pas à faire le bien que nous voulons faire. Comme s’il y avait une contradiction en nous, une blessure dans notre volonté qui ne se décide pas, dans notre intelligence qui comprend à moitié. Cette expérience est universelle. Saint Paul, au Ier siècle, disait déjà :

Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. Romains 7, 15
C’est comme une malédiction qui nous colle à la peau et dont nous n’avons pas la clé : il y a un mystère du mal qui nous précède, malgré nous.

Cette clé que l’Église appelle « péché originel » nous est en fait donnée par la Révélation (CEC 387) : Dieu étant bon et ayant créé l’humanité à son image, et la nature humaine étant ce qu’elle est aujourd’hui, il y a forcément eu un accident de parcours, il y a très longtemps… au temps d’Adam et Ève.

C’est la doctrine du péché des origines qui est la seule « explication » qui reconnaît à la fois la bonté de Dieu et la réalité du mal, sans oublier le Salut offert par le Christ.

L’homme est plus inconcevable sans ce mystère (du péché originel) que ce mystère n’est inconcevable à l’homme. Blaise Pascal
Au départ, tout était parfaitement ordonné et dirigé vers Dieu

Au départ, en effet, il y a l’amour. L’amour inconditionnel, l’amour fou de Dieu pour l’homme créé à son image et à sa ressemblance (Genèse 1, 26). L’Église, inspirée par la Parole de Dieu, nous enseigne que nos premiers parents vivaient dans une communion filiale avec le Père. Une intimité profonde qui leur permettait de s’entretenir avec lui « à la brise légère du jour », au Paradis (Genèse 3, 8).

Tout dans l’être humain (volonté, intelligence, passions, etc.) était parfaitement ordonné et dirigé vers son but ultime : Dieu. L’harmonie régnait dans l’homme, entre l’homme et la femme, et entre l’homme et la Création. Cet ordre harmonieux s’appelle l’état de « justice originelle » (CEC 375)[1].

Le péché originel : un péché de désobéissance, de méfiance et d’orgueil

Malheureusement, Adam et Ève ont fait un mauvais usage de la liberté qui leur était donnée d’aimer Dieu (car on ne peut aimer contraint et forcé).

Par un récit symbolique, la Genèse nous dit une grande vérité théologique et anthropologique. En écoutant le Tentateur et en mangeant du fruit de l’arbre, symbole de l’obéissance et de la confiance en Dieu, Adam et Ève ont enfreint le seul commandement de Dieu qui voulait les habituer à recevoir de lui les principes de la vie. Ils ont voulu devenir Dieu… sans Dieu. Ils ont écouté la voix du serpent tentateur suggérant que Dieu était pour eux un rival et un non un bon Maître (Genèse 3, 4-5). Voilà le péché originel : un péché de désobéissance, de méfiance et d’orgueil.

L’homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie… Et en agissant ainsi, il se fie au mensonge plutôt qu’à la vérité et cela fait sombrer sa vie dans le vide, dans la mort. Benoît XVI, 8 décembre 2005
Alors, fini l’état de justice originelle, l’ordre de la nature vers Dieu. La descendance de nos premiers parents reçoit en héritage une nature humaine cabossée. Séparé de Dieu, caché loin de l’Éternel (Genèse 3, 7-8), l’homme a perdu cette intimité filiale et confiante avec Dieu.

La mort est la conséquence logique de cette séparation d’avec la source de Vie. L’homme est livré aux propres lois de sa nature et ressent souffrance et maladies.

Chaque partie de l’homme tire vers son bien propre : par exemple, la volonté n’est plus tournée vers Dieu mais vers elle-même, ce qui occasionne une blessure de malice (le contraire de la bonté).

Le baptême est le sacrement du Salut

Dieu n’a pu se résoudre à un tel malheur : toute l’histoire du Salut est l’annonce de la victoire définitive sur le mal, d’une alliance nouvelle et éternelle entre l’homme et Dieu, et du relèvement de l’homme de sa chute. Ce qui est fait effectivement avec le sacrifice du Christ sur la croix, par amour pour les hommes, et sa résurrection. Dieu nous a définitivement sauvés du péché qui nous colle à la peau !

Ainsi, le baptême, en nous greffant sur le Christ, en nous plongeant dans sa mort et sa résurrection, nous sauve du péché. C’est pourquoi on dit qu’il est le sacrement du Salut.

Ainsi, nous sommes non seulement restaurés dans l’état de grâce, mais mieux que cela, nous sommes faits fils adoptifs de Dieu, participant de sa nature divine, ce que n’était pas Adam ! Il fallait pour cela la venue du Fils de Dieu parmi nous. « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5, 20). Et nous pouvons nous écrier en vérité : « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur ! » (Exultet de la vigile de Pâques).

Ceux qui ne sont pas baptisés peuvent-ils être sauvés ?

« La doctrine du péché originel est pour ainsi dire le “revers” de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du Salut et que le Salut est offert à tous grâce au Christ. » (CEC 389)

Le baptême est nécessaire au salut de celui qui, ayant reçu l’Évangile, a eu la possibilité de le demander. Cependant, Dieu n’étant pas lui-même lié à ses sacrements, il peut dispenser autrement sa grâce. « Tout homme qui, ignorant l’Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu’il la connaît peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le baptême si elles en avaient connu la nécessité » (CEC 1257 et 1260).

Appelés au combat spirituel

Cependant, tout n’est pas encore joué : le mystère du mal n’a pas laissé l’homme intact. Profondément blessé par le péché originel, l’homme en subit encore les conséquences : les souffrances, la maladie, la mort, les fragilités inhérentes à la vie comme les faiblesses de caractère. De façon mystérieuse également persiste cette propension au mal que nous évoquions au début : « Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas… »

Le Catéchisme de l’Église catholique dit : « Le baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel » (n° 405).

-> Nous verrons dans la fiche suivante ce qu’est ce « combat spirituel » auquel est appelé le baptisé.

Non baptisé... mais enfant de Dieu quand même ?

« Dieu est notre Père, parce qu’il est notre Créateur. Chacun de nous, chaque homme et chaque femme est un miracle de Dieu, il est voulu par lui et Dieu le connaît personnellement. (…)

Mais cela ne suffit pas encore. L’Esprit du Christ [que nous recevons au baptême] nous ouvre à une deuxième dimension de la paternité de Dieu, au-delà de la Création, car Jésus est le “Fils” au sens plénier, “de la même substance que le Père” comme nous le professons dans le Credo.

En devenant un être humain comme nous, à travers l’Incarnation, la mort et la Résurrection, Jésus nous accueille à son tour dans son humanité et dans sa condition même de Fils ; ainsi nous pouvons entrer nous aussi dans son appartenance spécifique à Dieu.

Assurément notre condition de fils de Dieu ne possède pas la même plénitude que Jésus ; nous devons le devenir toujours davantage (…). »

Benoît XVI, 23 mai 2012